Collectif Jean de Neyman
La Résistance en mémoire

Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.

Septembre 2018 - Commémoration à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 30 novembre 2025

par Patrice

Contexte

Samedi 1er septembre 2018, à 16 heures, devant près d’une soixantaine de personnes, s’est tenu la cérémonie en hommage à Jean de Neyman. C’était aussi un samedi, il y a 74 ans, le 2 septembre 1944 que ce Résistant communiste est tombé sous les balles allemandes au château d’Heinlex, alors lieu de la kommandantur à Saint-Nazaire.
À remarquer la présence de Dominique de Neyman, nièce de Jean, Yannick Vaugrenard, sénateur de Loire-Atlantique, Philippe Deguiral conseiller municipal en charge des cérémonies commémoratives, Lydie Mahé, adjointe au maire, les représentants du Parti communiste français et de la CGT.
Au pied de la stèle, Guy Texier, représentant le Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure, a pris la parole pour un discours commun avec Yvon Renevot, Secrétaire de la Cellule « Jean de Neyman » du P.C.F. local. Ce n’est pas sans rappeler que Jean et d’autres « ont pris conscience du danger du fascisme, du danger de la progression des idées de l’extrême droite en Europe dans les années 1930, alors qu’aujourd’hui le ciel de l’Europe, de la France, s’assombrit à nouveau » .
Et de poursuivre « Dans la dernière lettre que Jean s’adresse à ses parents, il écrit « Sachez vous consoler de ma perte, car je me considère comme un élément, un petit chaînon dans l’évolution de notre monde, et puisque nous sommes dans la période du gros travail, et qu’il doit y avoir d’innombrables chaînons de brisés et d’usés, peu importe au total qu’ils le soient de façon rationnelle, individuelle… » .
C’est un appel à chacun et à tous à résister, individuellement, collectivement, face au renoncement, à la tolérance des pouvoirs, qui se servent de ces situations pour exister et poursuivre leur politique réactionnaire, anti démocratique et anti sociale. »
Un dépôt de gerbes par la municipalité, le Comité du souvenir et le P.C.F. s’en est suivi avant une minute de silence, puis c’est a cappella que le public entonna le Chant des partisans.

Allocution

(Seul le prononcé fait foi)

Mme. le Maire

Mme. Dominique de NEYMAN, Monsieur,

Chers amis et camarades,

74 ans, 74 ans déjà qu’en ces lieux notre camarade Jean de NEYMAN était fusillé, assassiné, par l’armée allemande d’occupation de notre pays, alors que Nantes et Paris sont libérées, que la guerre touchait enfin à sa fin, que le fascisme et le nazisme allaient être vaincus.
Rendre hommage chaque année à Jean, à ceux de la Résistance, aux hommes et aux femmes qui se sont engagés dans ce combat pour la libération de notre pays n’est pas seulement un devoir de mémoire, c’est aussi un travail de mémoire pour rappeler que dans les périodes les plus sombres, les plus difficiles, seule la conscience individuelle de chaque être, conduit à la conscience collective, que ceux et celles, comme Jean, que c’est en 1940 et même avant, qu’ils ont pris conscience du danger du fascisme, du danger de la progression des idées de l’extrême droite en Europe dans les années 1930, alors qu’aujourd’hui le ciel de l’Europe, de la France, s’assombrit à nouveau.
Mais aujourd’hui le terme populisme se substitue peu à peu au terme d’extrême droite.
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » écrivait Albert CAMUS.
« Laisser aller le cours des choses, voilà la catastrophe » ajoutait Walter BENJAMIN, et pourtant la catastrophe est là.
La création artistique, la liberté d’expression, le pluralisme, l’universalisme, l’option d’autrui, la laïcité, sont largement ignorés et combattus par l’extrême droite en Europe.
Son credo, pour mieux masquer son soutien aux puissances de l’argent, du capitalisme aujourd’hui qualifier de libéral, est d’utiliser les mots qui flattent de bas instincts, du corporatisme étroit, des obscurantismes religieux ou politiques, dont l’immigrant, celui qui vient d’ailleurs, celui qui est différent, deviennent les boucs émissaires responsables de la crise, du chômage, du mal vivre , du mal être.
Et puis sous des mots plus couverts, la droite qui se dit républicaine, en vient, pour de minables contingences électorales à utiliser les mêmes termes.
Rendre hommage à Jean, à ceux de la Résistance, c’est aussi rappeler que d’abord la Résistance s’est organisée sur le sol national, par ce que la Résistance a été avant tout une résistance populaire, ouvrière au sens large du terme, par ce qu’elle répondait à un idéal de paix, de liberté, de tolérance, de progrès social.
Sans conscience il n’y a pas d’idéal, sans idéal il n’y a pas de résistance, c’est alors la résignation, la capitulation qui s’installent et cela conduit à la servitude.
C’est par ce que la Résistance a été populaire, ouvrière, qui fit dire au général De GAULLE, à la libération de Paris le 25 août 1944 « Paris outragée, Paris brisée, Paris martyrisée, mais Paris libérée par elle-même, par son peuple … ».
C’est aussi ce qui fit dire à François MAURIAC « seule dans sa masse, la classe ouvrière est restée fidèle à la France profanée ».
Pourtant aujourd’hui, il y a une volonté d’effacer le rôle et la place de cette résistance populaire, ouvrière, surtout de ce qu’elle a construit en donnant à la France, une constitution laïque, démocratique et sociale en particulier avec le programme du C.N.R., les jours heureux et son application de 1945 à 1947, aujourd’hui détruit de manière programmée et systématique, depuis près de trois décennies, avec une accélération du gouvernement MACRON/PHILLIPE , en particulier la sécurité sociale et l’ensemble de ses composantes, le droit du travail et le statut des fonctionnaires.
Aujourd’hui les jours heureux c’est pour le patronat, les actionnaires et les banquiers.
Alors oui, nous assistons à une réécriture de l’histoire en France et en Europe, dont l’objectif est d’effacer la résistance populaire et ses conquêtes au point que devenue officielle depuis juillet 2014, il n’y a aucune commémoration officielle dans notre région et très peu en France.
Oui il y a danger dans la réécriture de l’histoire, ainsi le rappelait Günter MORSCH, directeur des mémoriaux du Brandebourg et Président du mémorial de Sachsenhausen, devant le parlement européen en avril 2009, dénonçant les amalgames faits entre fascisme, hitlérisme et stalinisme que d’autres assimilent honteusement à communisme.
Cela conduit en Europe et en France au renoncement de la condamnation de l’idéologie de l’extrême droite, pourtant toujours aussi antisémite, raciste, xénophobe.
Ces renoncements, quand ce n’est pas la tolérance à faire apparaître les dangers de cette idéologie qui fait de l’immigrant ce que les mêmes ont fait du juif, du tzigane, du slave, le bouc émissaire de la haine raciale et xénophobe, cultivée par les extrêmes droites fascistes.
Comment ne pas réagir par exemple à la présence de l’extrême droite, de ses élus et de ses nervis, à la commémoration de la journée nationale de la déportation à Saint-Nazaire, ils sont les héritiers de l’extrême droite, PÉTAIN, DARNAND, LAVAL, qui en 1940 avec sa milice prêtait main forte à la Gestapo pour traquer les résistants, pour les livrer aux nazis qui après les avoir torturés les envoyaient dans les camps de déportation, dont beaucoup n’en sont pas revenus, quand ils n’étaient pas fusillés.
La présence de l’extrême droite à cette journée est une souillure, une insulte aux déportés et à toute la Résistance.
Interpellés sur leur présence par des fils de déportés, de plusieurs personnes dont du Comité du Souvenir, ils se sont montrés insultants, menaçants, sans qu’il leur soit demandé de quitter la cérémonie, pire ils se sont joints au vin d’honneur sans qu’il n’y ait aucune réaction, il y a là quelque chose de choquant.
Oui le ciel s’assombrit sur l’Europe et la France, l’extrême droite s’organise avec l’appui de Stéphen BANNON, directeur de campagne de TRUMP et leader de l’extrême droite américaine, qui est venu le 10 mars dernier prodigué ses conseils et ambitions à toute l’extrême droite européenne dont le F.N. dirigé par les héritières du clan Le PEN.
Faut-il rappeler que le nouveau titre R.N. fut fondé sous le titre Rassemblement National Populaire en 1941 par Marcel DEAT, parti notoirement fasciste et collabos, anti sémite et raciste que ce titre R.N. fut utilisé par TIXIER VIGNANCOUR à l’élection présidentielle de 1965 et dont Le PEN était le directeur de campagne.
Le changement de nom n’est en aucun cas un changement des fondamentaux, racisme, xénophobie homophobie.
Aujourd’hui personne ne peut plus dire « nous ne savions pas » personne ne peut ignorer ce que porte l’idéologie de l’extrême droite, c’est une idéologie criminelle.
La guerre économique que se livrent les puissances dirigées par les groupes économico-politiques internationaux, pour la domination du capitalisme, aggrave cette situation et la guerre économique conduit souvent à la guerre tout court et aux nationalismes les plus dangereux.
Dans la dernière lettre que JEAN adresse à ses parents, il écrit « Sachez vous consoler de ma perte, car je me considère comme un élément, un petit chaînon dans l’évolution de notre monde, et puisque nous sommes dans la période du gros travail, et qu’il doit y avoir d’innombrables chaînons de brisés et d’usés, peu importe au total qu’ils le soient de façon rationnelle, individuelle… »
C’est un appel à chacun et à tous à résister, individuellement, collectivement, face au renoncement, à la tolérance des pouvoirs, qui se servent de ces situations pour exister et poursuivre leur politique réactionnaire, anti démocratique et anti sociale.
Jean a choisi de résister avec l’idéal, le courage que nous lui connaissons, animateur d’un groupe de résistants qu’il a su convaincre par son charisme, sa volonté de refuser de courber le dos, il a su montrer que combattre en sachant les risques que l’on prend sont grands, cela peut être le sacrifice de sa vie, était la voie de la liberté et de la libération.
Jean a fait ce choix, en conscience et nous sommes fiers de lui, de son courage et nous ne l’oublierons pas.

Guy TEXIER

Vidéo

Galerie photos

<p>avec Émile RAIMBAULT, porte-drapeau du <acronym title="Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure">Comité Départemental du Souvenir</acronym> en arrière-plan.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1456. <p>Émile RAIMBAULT, porte-drapeau du <acronym title="Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure">Comité Départemental du Souvenir</acronym> en arrière-plan.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1486. <p>ouvre la cérémonie.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1466. <p>à l'écoute de l'allocution.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1478. <p>du <a href="https://resistance-44.fr/" class="spip_out" rel="external">Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</a> en allocution.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1487. © Photo Patrice Morel - 20180901-1450. <p>représentant la municipalité de Saint-Nazaire (Émile RAIMBAULT, porte-drapeau du <acronym title="Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure">Comité Départemental du Souvenir</acronym> en arrière-plan).</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1492. <p>par Véronique MAHÉ et Guillaume DESSABLES pour le <acronym title="Parti Communiste Français">P.C.F.</acronym>. (Émile RAIMBAULT, porte-drapeau du <acronym title="Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure">Comité Départemental du Souvenir</acronym> en arrière-plan).</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1493. <p>par Christian RETAILLEAU, président du <acronym title=" Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure ">Comité Départemental du Souvenir</acronym> et Émile RAIMBAULT, le porte-drapeau.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1500. © Photo Patrice Morel - 20180901-1501. <p>entonné par le public.</p>© Photo Patrice Morel - 20180901-1510. © Photo Patrice Morel - 20180901-1516.

Note : Le ’’i’’ bleu en haut et à gauche qui apparaît sur certaines images vous donne une information sur le document présenté.
Personnes citées dans les photos : Philippe DEGUIRAL (Conseiller municipal en charge des cérémonies commémoratives), Guillaume DESSABLES (Membre du P.C.F.), Lydie MAHÉ (Conseillère municipale de Saint-Nazaire), Véronique MAHÉ (Membre du P.C.F.), Dominique de NEYMAN (Membre du Collectif Jean de Neyman - famille de Neyman), Émile RAIMBAULT (Porte-drapeau du Comité Départemental du Souvenir), Yvon RENÉVOT (Secrétaire général de la section du P.C.F. de la Section de Saint-Nazaire), Christian RETAILLEAU (Président du Comité Départemental du Souvenir), Jean SPECTOR (Conjoint de Dominique de Neyman), Guy TEXIER (Vice-président du Comité Départemental du Souvenir), Yannick VAUGRENARD (Sénateur de la Loire-Atlantique).

Presse

  • 31/08/2018 - Ouest-France | Rédaction : Hommage à Jean de Neyman, ce samedi. - (Pdf)
  • 02/09/2018 - Ouest-France | Rédaction : Jean de Neyman, un résistant « audacieux ». - (Pdf)
  • 01/09/2018 - Un automne 41 | Rédaction : Hommage à Jean de Neyman. - (Pdf)
  • 02/09/2018 - Ouest-France | Théo CONSCIENCE : Jean de Neyman, un résistant « audacieux ». - (Pdf)

Autre document

  • Invitation à la cérémonie - (Pdf).