Collectif Jean de Neyman
La Résistance en mémoire

Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.

Septembre 2015 - Commémoration à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 4 décembre 2025
dernière modification le 21 décembre 2025

par Patrice

Contexte

Allocution

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames, Messieurs les représentants du comité départemental du souvenir des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure,
Mesdames, Messieurs les représentants des différentes associations de résistants, de déportés, d’anciens combattants,
Monsieur le sénateur,
Monsieur le Maire de Saint-Nazaire,
Mesdames et messieurs les élus,
Madame, Monsieur,
Chers amis, chers camarades,

Le 2 Septembre 1944, ici même à Heinlex, Jean de Neyman tombait sous les balles du peloton d’exécution nazi. À trente ans, héros et martyr de la Résistance, il était le dernier fusillé de la poche de Saint-Nazaire.
Il tombait alors que la liberté avait rendez-vous avec lui quelques jours plus tard. Il mourait sur le chemin de la victoire qu’il n’a pas connue et pour laquelle il avait tant donné.

Jean avait répondu à l’appel de sa conscience bien avant le début des hostilités. Étudiant en 1934 à la faculté de Strasbourg, il adhère au P.C.F.., alors qu’en Allemagne règnent le fascisme et le nazisme, que la répression s’abat sur les juifs et tous les démocrates. C’est le début des camps de concentration. Jean est alors un militant actif qui apporte des colis aux antifascistes emprisonnés en Allemagne. Il va jusqu’à contracter un mariage blanc avec une jeune Allemande communiste incarcérée pour propagande anti–nazie, afin de la soustraire de la prison. Nommé professeur à St Étienne il est affecté à la déclaration de guerre dans un laboratoire de l’armée. En 1940 il est chassé de l’enseignement public parce que fils de Polonais. Il s’exile alors à La Baule où il devient professeur dans un cours privé*Cours privé Le Cid.. Il entre sans hésiter dans la résistance active et devient vite un des animateurs de la région.

Comme beaucoup de celles et de ceux qui ont résisté, Jean de Neyman n’était pas prédisposé à l’héroïsme mais il s’est engagé dans ce combat parce qu’il n’acceptait pas cette capitulation, cette collaboration lâche qui livrait à Hitler le pays, ses richesses, ses habitants. Les risques étaient grands, la clandestinité, le danger permanent de se faire arrêter et fusiller. Pourtant des hommes et des femmes décidèrent comme Jean qu’il fallait se battre, qu’il fallait que leur pays retrouve sa liberté et que l’horreur de la barbarie nazie cesse par tous les moyens.
Ils furent nombreux à tomber, et ce bien avant les combats ultimes de la Libération. Comment ne pas penser à Jean Pierre Timbaud, Guy Môquet exécutés à Châteaubriant, ou encore aux 23 du groupe Manouchian qui comme l’écrivit Aragon étaient « étrangers mais nos frères pourtant » .
Le vers d’Aragon entre en résonance avec l’actualité de ces dernières heures.

Aujourd’hui, la barbarie est bien du côté de ceux qui regardent les embarcations couler et les migrants se noyer ?

La photo du corps de Aylan, garçon de 3 ans, retrouvé échoué mort sur une plage de Turquie provoque un électrochoc dans le monde entier. Les 20 000 morts depuis le début d’année pour avoir fuit la guerre, la faim ou les dictatures ont désormais un visage et il est insoutenable.
À présent beaucoup disent leur révolte. Tant mieux.

L’appel du Maire de Saint-Nazaire à la mobilisation de tous les acteurs de notre ville pour permettre l’accueil de familles de réfugiés, des enfants et des personnes les plus fragilisées est un exemple à suivre pour d’autres villes.

Début Juin 44 Jean de Neyman entre dans la clandestinité. Avec son équipe il multipliera les coups de main. Début août, deux marins allemands déserteurs se joignent à eux et participent à quelques actions. Le 17 ils sont surpris par une patrouille allemande. L’un s’enfuit mais l’autre est capturé. Jean essaie de le secourir en discutant avec les soldats mais il est arrêté à son tour ainsi que plusieurs membres de son groupe. Ils se retrouvent tous à Heinlex où on les laisse trois jours sans manger avant de les transférer au Camp Franco, près de Gron à Montoir. Le déserteur allemand, torturé avant d’être fusillé, dénonce ceux qui l’ont recueilli. Lors du procès, Jean de Neyman prend tout à sa charge et réussit à persuader les juges qu’il est seul coupable et que ses camarades sont innocents. Il est condamné à mort le 25 août. Il sera fusillé le 2 septembre. On sait que son courage et son sens de l’honneur ont impressionné les Allemands eux-mêmes.
Avant de mourir, Jean écrivit une lettre d’adieu émouvante à ses parents. En voici la fin : « Vivez pour continuer à faire progresser le monde, comme vous m’avez appris à le faire… Je vous écris la conclusion de ma vie, entre deux morales célèbres « Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » et « Tout le bonheur de l’homme tient dans ce devoir : Agir et espérer » .
Un décret du 24 avril 1946 attribue à Jean de Neyman, à titre posthume, la médaille de la Résistance.

Si nous venons, chaque année, à Heinlex pour nous recueillir, c’est pour que sa mémoire, que la mémoire de toutes celles et tous ceux qui se sont sacrifiés pour la France des libertés, des droits de l’homme, de la justice sociale et de la paix continue de vivre. Depuis le début de cette année un grand boulevard de notre ville porte le nom de Jean de Neyman et témoigne de notre volonté de ne jamais laisser son sacrifice tomber dans l’oubli.

L’héritage de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui ont résisté est l’honneur de notre pays. Ils étaient porteurs des valeurs de cette République laïque, démocratique et sociale qu’ils aimaient à en perdre la vie. Ces valeurs contenues dans le programme du Conseil National de la Résistance (C.N.R.) dont les acquis nous échappent jour après jour.
Le document élaboré par le C.N.R. dès mars 1943, définit les mesures à prendre à la Libération du pays. La nationalisation des moyens de production, des banques et assurances, de l’énergie, les comités d’entreprises, le statut de la fonction publique, la liberté de la presse, la liberté syndicale, la création de la sécurité sociale…
La sécurité sociale, dont nous fêtons les 70 ans cette année et dont la philosophie majeure était de cotiser selon ses moyens et de recevoir selon ses besoins.
C’est sans aucun doute ces choix qui sont à l’origine des « trente glorieuses », cette période de croissance qui permit à des millions de français de sortir de la pauvreté d’emprunter l’ascenseur social et de vivre mieux.

70 ans ont passé, que reste-t-il de l’héritage de nos aînés dans notre société en panne d’avancées sociales et démocratiques ? Que reste-t-il de leur héritage dans cette France dont les dirigeants ne parlent que d’austérité et de rigueur ? Cette France qui n’est pas celle dont Jean de Neyman et tous ces combattants sans uniforme rêvaient et pour laquelle ils et elles ont donné leur vie.
Si toutes celles et tous ceux qui ont vaincu le nazisme vivaient aujourd’hui, elles et ils seraient attristés de voir leurs idéaux bafoués. Elles et ils seraient vent debout face aux lois qui détricotent les programmes du Front populaire et du Conseil national de la Résistance. Elles et ils seraient de farouches opposants à la loi Macron. Elles et ils seraient, bien entendu, les pires ennemis de l’extrême droite et de son projet suicidaire pour notre pays, toutes générations confondues !
N’oublions pas l’Histoire. N’oublions pas qu’en Allemagne, Hitler est parvenu au pouvoir par une élection légale. N’oublions pas que ce sont les députés français, élus du suffrage universel en 1936, qui ont porté au pouvoir le maréchal Pétain, abolissant ainsi la République. Que les descendants idéologiques des collaborateurs relèvent aujourd’hui le front, cela ne peut qu’inquiéter tous les démocrates.
Il est plus que jamais nécessaire d’inventer un nouveau modèle social, écologique et démocratique pour la France comme pour l’Europe. On ne peut qu’être très inquiet sur l’avenir de l’Union Européenne. Des millions d’Européens n’oublieront pas ce que ses dirigeants ont fait endurer au peuple grec soumis à une tutelle insupportable et à de nouvelles mesures d’austérité draconiennes. Rien d’étonnant après cela de constater que l’idée européenne meurt dans les cœurs et dans les têtes des peuples. Ils finiront par massivement la rejeter si elle continue ainsi. Tous ceux qui persistent à soutenir de telles méthodes et de telles pratiques prennent une très grave responsabilité devant l’histoire ! Des frustrations et des humiliations générées par une telle arrogance et par la seule loi du plus fort naîtront des monstres politiques ! Ils grandissent déjà au cœur de l’Europe !

Nous avons besoin du même courage et de la même audace politique dont ont fait preuve nos aînés de 44 et non d’une boite à outils libérale et austéritaire. Il nous faut un nouveau souffle, un grand dessein qui reprenne le fil interrompu du récit émancipateur qui parcourt notre histoire, de la Révolution de 1789 à la Libération de 1944 en passant par la Commune et le Front populaire. Cela nous permettrait à nouveau de dessiner la France de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la solidarité dont l’Europe et le monde ont cruellement besoin.

Saint-Nazaire le 05/09/2015,
Yvon Renévot
Secrétaire de la Section P.C.F. de Saint-Nazaire

Presse

En dehors de l’allocution ci-dessus, nous n’avons pas de photos et peu de presse. Celles et ceux qui ont des éléments peuvent me les faire parvenir SVP.