Collectif Jean de Neyman
La Résistance en mémoire

Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.

Septembre 2011 - Commémoration à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 14 décembre 2025

par Patrice

Contexte

Le Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure*Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure, le P.C.F. et la mairie de St. Nazaire ont honoré la mémoire de Jean lors de la cérémonie du 67e anniversaire de son exécution ce samedi 3 septembre 2011.

Allocution du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

(Seul le prononcé fait foi)

Chers amis et chers camarades,

Il y a 67 ans notre camarade Jean de NEYMAN tombait en ces lieux sous les balles des occupants nazis, comme il y a 70 ans tombaient à Châteaubriant, Nantes, au Mont-Valérien et à Souges le 22 octobre 1941 une centaine d’otages.
La répression nazie s’abattait massivement sur la France pour tenter de terroriser le peuple et la résistance après les actes de guerre , comme justement les qualifiait De GAULLE, du métro Barbès à Paris, de la rue du roi Albert à Nantes ou à Bordeaux, de l’exécution d’officiers de l’armée d’occupation nazie par des résistants qui furent les premiers dans la lutte armée.
Mais la résistance qui avait commencée dès le début de 1940 et bien avant pour certains n’a pas faiblie pour autant, elle n’a cessé de se renforcer alors que les français demeuraient encore majoritairement pétainistes, des hommes et des femmes, communistes, socialistes, gaullistes, croyants ou athées formaient leurs réseaux puis s’unirent dans le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) et adoptèrent un programme le 15 mars 1944.
Partout en France 70 ans après les commémorations se multiplient et rassemblent toujours beaucoup de participants de tous âges pour rendre hommage à ces hommes et à ces femmes, jeunes pour la plupart, connaissant les risques qu’ils encouraient, la torture de Gestapo et de la milice de Darnand ,la déportation, la mort, ils s’engagèrent dans cette résistance avec la volonté de chasser l’occupant nazi et ses complices de Vichy, mais c’est aussi pour rappeler que la résistance avec le C.N.R. a été capable d’imaginer et d’imposer aux forces réactionnaires et au capital, une société novatrice dans le prolongement de 1936 et de ses acquis sociaux pour le peuple et particulièrement pour le monde du travail.
Une France républicaine, démocratique, laïque et sociale fidèle aux idéaux de 1789.
Il ne faut jamais oublier que la résistance avait ce double objectif dès 1942 en témoigne les nombreux contacts entre partis politiques, syndicats et mouvements démocratiques.
C’est ce qu’ont voulu rappeler les anciens résistants comme Raymond AUBRAC ,Stéphane HESSEL, Georges SEGUY, Odette NILES, Daniel CORDIER, Marie-Jo CHOMBART de LOWE, Walter BASSAN et beaucoup d’autres de la F.N.D.I.R.P., de l’ANACR et des F.T.P.-M.O I. dans leur appel lancé les 14 et 15 mai dernier au plateau des Glières devant plus de 5.000 personnes désormais appelé : « Appel de Thorens / Glières citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui » .
Cet appel qui dénonce la remise en cause du socle des conquêtes sociales de la Libération d’une France humaniste, progressiste, mais aussi une France combative.
Cette France là est aujourd’hui en danger, elle est soumise de part la volonté politique du pouvoir en place au service de l’oligarchie industrialo-financière, du système capitaliste à bout de souffle et d’autant plus dangereux, qui veut maintenir son hégémonie par tous les moyens.
Le capitalisme est amoral, on peut le peindre de toutes les couleurs de l’arc en ciel, il demeure le système d’exploitation des hommes, le vol et la dilapidation des richesse produites par le travail ,le capitalisme n’est pas amendable, il se combat. C’est le sens du combat d’aujourd’hui et ce combat appelle au rassemblement des forces démocratiques et du peuple.
C’est tout le sens de l’appel de Thorens-Glières. Je cite :
« Nous appelons tous les partis politiques, toutes candidates et les candidats à un mandat public dans le cadre des élections présidentielles et législatives de 2012 à prendre trois engagements qui mettront réellement en application la devise républicaine Liberté Égalité Fraternité.

  • Garantir l’égalité en reconstituant les services publics et institutions créés à la Libération pour aller vers une véritable démocratie économique et sociale.
  • Droit à la santé pour tous, droit à une retraite, droit à l’éducation, droit au travail, droit à la culture demeurent les seuls véritables garants de l’égalité républicaine et respect du droit des étrangers.
  • Garantir la liberté c’est séparer les pouvoirs, renforcer la démocratie parlementaire et développer de nouvelles pratiques de la démocratie, garantir le débat démocratique et la fiabilité des contres pouvoirs.
  • Garantir la fraternité c’est refuser l’actuelle dictature des marchés financiers et favoriser des solutions pour les équilibres écologiques et écarter de la marchandisation les besoins vitaux. »

Dire cela ici aujourd’hui, c’est rendre hommage au courage de ces hommes et de ces femmes comme Jean de NEYMAN et beaucoup d’autres qui se sont engagés en pleine conscience jusqu’au sacrifice de leur vie pour une France d’avenir démocratique, humaniste et progressiste.

C’est du plateau des Glières que pour la première fois Stéphane HESSEL lançait son injonction
« Indignez-vous ! » n’est-il pas temps aujourd’hui de dire « révoltez-vous ! » .

Guy TEXIER
Secrétaire général du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Allocution du Parti communiste français

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames, Messieurs les représentants du Comité départemental du souvenir des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure,
Mesdames, Messieurs les représentants des différentes associations de résistants, de déportés, d’anciens combattants,
Monsieur le Maire de Saint-Nazaire, représenté par Mme Lydie Mahé 1ère adjointe au maire
Mesdames et messieurs les élus,
Madame, Monsieur,
Chers amis, chers camarades,

Cela fait entre soixante sept et soixante-dix ans, que des femmes et des hommes se réunissent chaque année, à travers toute la France pour rendre hommage aux résistants, victimes de la barbarie nazie : le Mont-Valérien, le plateau des Glières, Nantes, Châteaubriant sont quelques exemples.
Aujourd’hui, à Heinlex, nous évoquons la mémoire d’un héros, Jean de Neyman, fusillé à 30 ans, ici même, le 2 septembre 1944. Jean fut le dernier fusillé de la Poche de Saint-Nazaire.
D’origine polonaise Jean est né le 2 août 1914. En 1934, à 20 ans il entre à la Faculté de Strasbourg. Alors que les ligues d’extrême droite se déchaînent à Paris, il adhère au Parti Communiste Français. Réfugié à La Baule au début de la guerre, il enseigne en classe préparatoire dans un lycée Le Cid. Au moment où la dictature fasciste semble gagner du terrain partout en Europe, il entre, dans la Résistance active et devient un des animateurs de la région. L’activité de son groupe est importante : coupures de câbles électriques et téléphoniques, sabotages de transformateurs, destruction et désamorçage de mines. Jusqu’à ce jour du 17 août 1944 où deux marins allemands déserteurs sont surpris par une patrouille allemande. L’un d’eux s’enfuit, l’autre est capturé. Jean essaie de le secourir en discutant avec les soldats mais il est arrêté à son tour. Le déserteur allemand, torturé avant d’être fusillé, dénonce ceux qui l’ont protégé. Lors du procès, Jean de Neyman, prend tout à sa charge et réussit à persuader les juges qu’il est seul coupable, que tous ses camarades sont innocents. Il est condamné à mort, faisant, je le cite : « volontairement et en connaissance de cause le sacrifice de sa vie à sa patrie et à ses amis » .
Un décret du 26 avril 1956 attribue à Jean de Neyman, à titre posthume, la médaille de la Résistance.
Ainsi, années après années, nous continuons de nous souvenir de ces femmes, de ces hommes qui, comme Jean de Neyman, sont entrés dans nos vies et ont marqué l’Histoire, de manière indélébile.
Pourtant, 67 ans c’est long et cela nous contraint à nous interroger sur le sens à donner à ce rendez-vous, sur la signification, en 2011 de notre devoir de mémoire.
Pourquoi sommes-nous ici aujourd’hui ?
Ce que nous honorons d’abord, c’est le courage et la détermination de ces femmes, de ces hommes, jeunes et moins jeunes, qui ont payé de leur vie, leur engagement dans la résistance, leur volonté de mettre dehors l’occupant et, quoi qu’il leur en coûte, d’affranchir l’humanité de l’idéologie nazie.
Comme nous le suggère Stéphane Hessel, l’indignation face à l’idéologie nazie a dû être un moteur puissant de leur action. Ils étaient des indignés !
Des indignés qui avaient foi en l’avenir. Au péril de leur vie, ces femmes, ces hommes ont placé l’avenir de tous avant leur propre devenir.
Comme l’a écrit Aragon, « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » ont volontairement versé et mêlé leur sang « pour qu’à la saison nouvelle, mûrisse un raisin muscat » . N’oublions pas le lourd tribut payé dans ce combat par la section Main d’œuvre Immigrée au sein des Francs Tireurs et Partisans. Il ne faut pas oublier non plus, la contribution à la résistance d’étrangers, illustres ou inconnus, qui se battaient pour une certaine idée, non de la France mais bien une certaine idée de toute l’humanité.
Dans le chaos de la guerre, ils ont eu conscience que la liberté individuelle, l’émancipation de chacun ne peut exister que dans le cadre d’une société commune, que la destinée des hommes n’est pas l’addition de trajectoires personnelles mais mérite bien une construction collective. Ils ont partagé ensemble le goût de la liberté et de la dignité, un idéal emprunt d’humanisme. Ils ont porté haut et fort l’espoir d’une société nouvelle et en ont montré les pistes.
Cet engagement dans le combat libérateur, a été conjugué avec la construction d’un programme partagé au sein du Conseil National de la Résistance, sous la houlette de Jean Moulin depuis 1943 et adopté le 15 mars 1944.
Comment ne pas en citer ici quelques passages pour en saisir l’ambition profondément humaniste, solidaire et progressiste et sa brûlante actualité après quatre années de Sarkozysme ?
Le programme du Conseil national de la Résistance prônait ainsi, je cite, « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. »
Il concevait également « une organisation de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général. »
Il jugeait nécessaire le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisée. »
Quel décalage avec l’idéologie actuelle de performance, de rentabilité, de compétitivité entre les hommes tout autant qu’entre les territoires, quel fossé avec la politique menée par le président des riches ! Il est plus que temps que les grandes fortunes mettent les mains à la poche et pas en se contentant de jeter négligemment un pourboire sur le bord du comptoir !
Concernant la jeunesse et la conception de l’éducation, le programme du Conseil National de la Résistance portait « la nécessité d’offrir la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ... et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires. »
Vous le voyez bien : ce n’est donc pas le passé qui nous fascine de manière morbide dans nos rendez vous annuels. Il ne s’agit pas pour nous de porter aux nues des icônes dont l’éclat faiblirait le temps, a fortiori, au moment même où les survivants sont de moins en moins nombreux, mais bien notre volonté faire vivre ici, maintenant et pour toujours ces exigences universelles.
Les choses auraient-elles tellement changées en 67 ans, qu’il nous faille renoncer à tout visée progressiste ? Au nom de je ne sais quelle « règle d’or » on devrait sacrifier aujourd’hui le bonheur des hommes ?
Plus grave encore, sur le terreau des reculs sociaux, du fatalisme, de la perte de repère dans une société qui isole, qui précarise et qui divise, la bête immonde dont personne ne doit douter qu’elle sommeille encore, se revigore et attend son heure.
Parce qu’un peuple qui ignore son histoire est condamné à réitérer, sans cesse, les mêmes erreurs, nous devons sans discontinuer expliquer la folie du nazisme qui a cru pouvoir faire le tri entre les Hommes en prônant la Haine de l’Autre, quel que soit cet Autre.
Quand tout nous enserre dans l’entonnoir de la fatalité : fatalité de la crise, fatalité des reculs sociaux, fatalité des inégalités entre les peuples, fatalité de la guerre de part le monde, les héros comme Jean de Neyman nous ont appris à ne jamais renoncer, à ne jamais transiger avec l’injustice et avec la dignité.
C’est au nom de l’actualité et l’universalité des valeurs de la Résistance que nous insistons, depuis trois ans, pour qu’à la suite de la reconstruction et de la fusion des collèges Jean de Neyman et Manon Rolland, le nom de Jean de Neyman soit retenu pour un futur équipement de ville, de la Carène ou du département. Je le dis de nouveau cette année, il serait impensable que nous ne soyons pas entendus, que le nom de Jean de Neyman et les valeurs qui s’y rattachent ne puissent pas continuer d’être gravés au fronton d’un établissement public de notre ville.
La discussion sur le proposition que le lycée d’Heinlex prenne le nom de lycée Jean de Neyman doit se poursuivre car ce nom ferait sens : Jean de Neyman, homme de sciences, professeur, fusillé à 30 ans sur le territoire d’Heinlex et porteur de valeurs universelles jusqu’au sacrifice de sa vie serait un beau nom pour ce lieu d’éducation et de formation des citoyens de demain.
Le Comité départemental du souvenir, des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure et la section de Saint-Nazaire du Parti communiste français proposent une rencontre avec les élus et membres du Conseil d’Administration du lycée d’Heinlex qui le souhaiteront pour prolonger la première discussion intervenu la proposition.
Je voudrais, pour terminer, évoquer la mémoire de Jorge Semprun, cet écrivain exceptionnel, mort cette année. Illustre résistant espagnol, il a connu l’horreur des camps, cet homme - un de plus - qui a fait le choix de combattre en France l’occupant nazi. Celui pour qui « l’indicible c’est ce qu’on ne peut pas taire » .
Nous ne pouvons pas taire ici, aujourd’hui, et chaque année, l’indicible dignité, l’indicible courage, l’indicible foi en l’humanité qu’éclairaient ces hommes et qui doit nous éclairer aujourd’hui pour continuer de construire une société de progrès pour tous et toutes.

Yvon RENÉVOT
Secrétaire général de la Section du Parti communiste de Saint-Nazaire

Galerie photos

<p>devant la stèle de Jean</p>© Photo Patrice Morel - 20110903-6831. © Photo Patrice Morel - 20110903-6837. © Photo Patrice Morel - 20110903-6941. © Photo Patrice Morel - 20110903-6847. © Photo Patrice Morel - 20110903-6852. © Photo Patrice Morel - 20110903-6853.

Note : Le ’’i’’ bleu en haut et à gauche qui apparaît sur certaines images vous donne une information sur le document présenté.
Personnes citées dans les photos :Joël BUSSON (Président du Comité Départemental du Souvenir), Lydie MAHÉ (Conseillère municipale de Saint-Nazaire), Patrice MOREL (Membre du Collectif Jean de Neyman - photographe), Yvon RENÉVOT (Secrétaire général de la section du P.C.F. de la Section de Saint-Nazaire et Conseiller municipal de Saint-Nazaire), Maurice ROCHER (Adhérent au P.C.F..), Guy TEXIER (Secrétaire général du Comité Départemental du Souvenir).

Presse

  • 19/10/2011 - Ouest-France.fr | Isabelle GUILLERMIC : Pas question de débaptiser le lycée Heinlex ! - (Pdf)
  • 01/09/2011 - Ouest-France.fr | Rédaction : Jean-de-Neyman, nouvel hommage au fusillé - (Pdf)