Collectif Jean de Neyman
La Résistance en mémoire

Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.

Septembre 2020 - Commémoration à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 23 novembre 2025
dernière modification le 7 décembre 2025

par Patrice

Contexte

2020 est l’année de la pandémie de Covid-19, mais pas seulement. C’est aussi « la commémoration du 76e anniversaire de l’exécution de notre camarade Jean de NEYMAN, par l’armée d’occupation nazie, mais c’est aussi le 75e anniversaire de la Libération des camps de concentration et d’extermination en Europe et en Asie, c’est aussi la victoire des peuples contre la barbarie de l’idéologie criminelle qu’ont été le fascisme et le nazisme.
C’est aussi le 80e anniversaire de l’invasion de notre pays par l’armée nazie et l’instauration de la collaboration voulue et décidée par PÉTAIN, ce maréchal félon et son gouvernement de Vichy. »

Une trentaine de personnes, toutefois, assiste à la cérémonie en commémoration de l’exécution de Jean à Saint-Nazaire ce 5 septembre 2020.
L’allocution commune au Parti communiste local et au Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure*Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure]] est faite par Guy Texier.
Si le début rappelle la situation historique, Guy termine par une citation pour l’avenir en citant cette phrase du Résistant et historien Jean CASSOU : « c’est au nom de ceux des nôtres, qui ont risqué la mort pour la liberté que nous vous demandons à vous, à ceux des jeunes générations, d’être vigilants. Nous vous passons le flambeau, à votre tour de vous battre quand il le faudra, comme il le faudra, pour la justice, la dignité humaine, la liberté » .

Allocution

Seul le prononcé fait foi.

M. ou Mme. le Maire, Mmes et MM. les élus, chers amis et camarades,

En cette année 2020, nous commémorons le 76e anniversaire de l’exécution de notre camarade Jean de NEYMAN, par l’armée d’occupation nazie, mais c’est aussi le 75e anniversaire de la Libération des camps de concentration et d’extermination en Europe et en Asie, c’est aussi la victoire des peuples contre la barbarie de l’idéologie criminelle qu’ont été le fascisme et le nazisme.

C’est aussi le 80e anniversaire de l’invasion de notre pays par l’armée nazie et l’instauration de la collaboration voulue et décidée par PÉTAIN, ce maréchal félon et son gouvernement de Vichy.
Ce n’est évidemment pas par une brève allocution que l’on peut rappeler l’ensemble des évènements de cette époque qui ont conduit à cette guerre qui fit près de 50 millions de morts.

Mais il faut se rappeler que de capitulation en capitulation devant les exigences hégémoniques qu’HITLER avaient annoncées dans Mein Kampf, les accords de Munich lui livrant la Tchécoslovaquie jusqu’à « la drôle de guerre » qui permit à son armée de franchir en un temps record la distance entre le Rhin à La Loire et de hisser sa sinistre croix gammée sur la plupart des édifices de notre capitale, le pouvoir politique français avait sombré dans le déshonneur et l’indignité pour finir dans la plus dégradante collaboration avec l’ennemi.

Il faut se souvenir que les députés communistes étaient embastillés en Algérie et seuls 80 courageux députés avaient suivi le chemin de l’honneur en s’opposant aux pleins pouvoirs de PÉTAIN. Parmi ces 80 députés, pas un seul de la Loire-Inférieure.

Après l’interdiction du parti communiste en septembre 1939, sous prétexte du pacte germano-soviétique, les partis politiques et syndicats sont interdits un an plus tard en octobre 1940 et qui conduit à l’arrestation et la clandestinité pour échapper à l’internement de milliers de militants ouvriers.

Ce sont ces hommes comme Jean, et ces femmes qui, dans une France trahie laissant un peuple abandonné, désemparé, en proie à la pire des confusions, levèrent le drapeau de l’honneur, de la dignité nationale, de la liberté, dénoncèrent la trahison, constituèrent les « comités populaires », premiers embryons de la Résistance intérieure, s’engagèrent dans la lutte armée, d’abord par petits groupes, puis constituèrent les maquis.

C’est une armée du peuple composée de communistes, de socialistes, de démocrates, de syndicalistes, croyants ou non croyants, fidèles aux idéaux de la République qui formèrent les premiers groupes de Résistance par des actes individuels de sabotage, de diffusion de tracts appelant à refuser la collaboration avec l’aide de travailleurs étrangers dont particulièrement de Républicains Espagnols.

Pour beaucoup d’entre eux, la Résistance avait commencé bien avant avec la guerre d’ Espagne, mais aussi contre la montée de l’extrême droite et du fascisme en France et en Europe.

Dès 1940, des hommes et des femmes, dans toute la France ne supportant pas que notre pays soit placé avec l’armistice de PÉTAIN, avec la collaboration, sous la tutelle nazie, soit pillé de ses richesses, ont organisé la lutte contre l’occupant et ses collabos de Vichy, de LAVAL, PUCHEU, DARNAND et autres individus de la droite et extrême-droite.

C’est dans ces conditions que les premiers actes de Résistance se sont produits en France contre l’occupant qui avec la collaboration de la droite réactionnaire et revancharde de 1936, de l’extrême droite issue de l’idéologie Boulangiste et Maurassienne qui fondèrent en Loire-Inférieure le groupe « collaboration » dont Alphonse de CHÂTEAUBRIANT fut le créateur avec d’autres officiels très complaisants.

Il est peu fait état de la Résistance dans la région nazairienne et de la Presqu’île, pourtant elle a été active dès 1940.

L’évasion du Jean BART le 17 juin 1940, a été sans doute le premier acte de Résistance collectif, quand 350 ouvriers et encadrant des chantiers navals ont volontairement participé, avec autant de militaires, à son évasion vers Casablanca pour qu’il ne tombe pas aux mains de l’armée allemande.

Comment ne pas évoquer les inscriptions anti-allemandes, les tracts appelant à résister, les sabotages, le refus de la servitude, l’aide aux militaires anglais après le drame du Lancastria et du commando du 28 mars 1942, dont plus de 200 amis et camarades en ont été les artisans de 1940 à 1945.

Le sabotage de l’hydravion « Arado » à la SNCASO1, dont les auteurs ont été dénoncés, internés, déportés avec Adrien BERSELLI, René ANDRE, Jean BOURMAUD, Jules BUSSON.

Le dynamitage de la permanence de la LVF2 avec Albert ROCHETEAU, Jean DREAN, Georges GIRARD (le futur commandant CONAN) avec l’aide des « dynamitéros » Républicains Espagnols, internés au « camp Franco » de Montoir et qui ont multiplié les sabotages dans la construction de la base des sous marins, sous la responsabilité de notre camarade Juan ESCUER GOMIS, et qui furent déportés pour beaucoup d’entre eux ou fusillés à Nantes en 1943.

Comment ne pas évoquer les noms de Marthe GALLET, de Suzanne MAHE pour le transport des armes et explosifs, des tracts qui furent arrêtées, torturées, internées ou déportées.

Comment ne pas évoquer Maurice et Louisette PICONNIER, BERTHO, PERRICO, BECARD et tant d’autres comme André LE MOAL fusillé à 17 ans ou encore Hubert CALDECOTT, Jean DREAN, Guy LELAN ou LABROUSSE eux aussi fusillés au Mont Valérien ou à Nantes, mais aussi BIREMBAUT, SCULO COQUET et tant d’autres internés, déportés ou fusillés ?

Comment ne pas évoquer aussi l’action du groupe Henri MAHE et Georges TANCHOUX de La Baule du réseau Jade en lien avec le renseignement dont plusieurs d’entre eux ne revinrent pas des camps de concentration, ou encore le groupe gaulliste LITOUX de Saint Lyphard ?

C’est aussi le réseau « Georges France 31 » animé par Albert VINCON, Henri FOGEL, Germaine LARDON, avec Henri ALLANET, Jean GUITTON, composé de nombreux Francs Maçons, plus spécialisé dans le renseignement et l’évasion d’aviateurs.

Le groupe animé par notre camarade Jean de NEYMAN, très actif dans la propagande anti-nazie et le sabotage, la solidarité avec les soldats allemands déserteurs se doit d’être souligné comme combat contre une idéologie criminelle et un combat contre l’occupant.

Il est choquant de constater qu’il est célébré, y compris à St. Nazaire les victimes militaires des guerres coloniales, comme les sales guerres d’Indochine et d’Algérie, mais qu’est ignorée les victimes et les acteurs de cette Résistance populaire composée d’hommes et de femmes qui n’ont pas chercher la gloire, ni les médailles, comme il est choquant que des noms de rues, notamment à Nantes portent le nom de collabos notoires ou de résistants de la 25e heure.

Par ce que la Résistance des uns ne saurait dissimuler la veulerie des autres et par ce que les actes héroïques de ceux et celles qui avaient choisi de combattre l’oppresseur, ne doivent pas faire oublier les crimes de ceux qui dénonçaient, vendaient, assassinaient, humiliaient, dont les héritiers d’aujourd’hui sont la droite extrême et l’extrême-droite, qui par leur présence à des commémorations d’hommages aux déportés ou qui souillent de leurs inscriptions négationnistes les lieux de résistances ou de martyrs comme récemment à Oradour-sur-Glane relèvent la tête encouragés par les déclarations haineuses, racistes et xénophobes répandues et impunies.

Malgré tout ce que l’on dira, on ne saura jamais l’ampleur du travail de toute la Résistance, de tous ceux et toutes celles, qui dès 1940, se sont levés pour s’opposer que la France, ce pays des Lumières, devienne un pays qui aurait perdu son honneur dans la servitude à l’idéologie nazie et celle de la collaboration.

Toutes et tous ont été des héros, ils étaient communistes, socialistes, gaullistes, républicains, syndicalistes, croyants ou non croyants, français ou étrangers, ils ont été l’honneur de notre pays et de son peuple.

Jean, est bien la figure de cet héroïsme sublime dans la solitude la plus cruelle qui n’a eu que le soutien de sa propre conscience, celui de son devoir envers soi même et la protection de ses camarades, c’est la grandeur de cet homme à qui en rendant hommage aujourd’hui, c’est à toutes celles et à tous ceux de la Résistance que nous rendons hommage, pour que nous ne les oublions pas.

Mais honorer la Résistance et à de tels martyrs, ce n’est pas seulement saluer des tombes et des stèles, c’est garder l’enseignement des morts, car les morts sont vivants, quand ils demeurent dans notre souvenir, lorsque nous n’oublions pas les grands exemples qu’ils nous ont donnés.

Aujourd’hui rien ne serait pire que de célébrer le passé, la mémoire pour oublier le message, de s’autoproclamer héritiers dans la ferveur émotionnelle d’une commémoration en laissant le monde aller là ou il va.

Pour demeurer humain, nous devons encore et toujours savoir dire non, quel qu’en soit le risque.
Pour terminer je veux citer cette phrase du Résistant et historien Jean CASSOU : « c’est au nom de ceux des nôtres, qui ont risqué la mort pour la liberté que nous vous demandons à vous, à ceux des jeunes générations, d’être vigilants. Nous vous passons le flambeau, à votre tour de vous battre quand il le faudra, comme il le faudra, pour la justice, la dignité humaine, la liberté » .

Je vous remercie de votre attention.

Guy TEXIER

Galerie photos

<p>À ses côté, <a href='https://collectif-jeandeneyman.fr/spip.php?article221' class="spip_in">Guy Texier</a> du <a href="https://resistance-44.fr/" class="spip_out" rel="external">Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</a><span class="escal-note" href="#">*<span class="escal-tip triangle">Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure]].</p>© Photo Ghislaine Leloup - 20200905-160746 <p>du <a href="https://resistance-44.fr/" class="spip_out" rel="external">Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</a><span class="escal-note" href="#">*<span class="escal-tip triangle">Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</span></span>en allocution.</p>© Photo Ghislaine Leloup - 20200905-160900. © Photo Francoise Cabon - 20200905-1040594 <p>au nom de la municipalité de Saint-Nazaire.</p>© Photo Ghislaine Leloup - 20200905-162221. <p>au nom du <acronym title="Parti Communiste Français de Loire-Atlantique">P.C.F. de Loire-Atlantique</acronym>.</p>© Photo Ghislaine Leloup - 20200905-162242. <p>au nom du <a href="https://resistance-44.fr/" class="spip_out" rel="external">Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</a><span class="escal-note" href="#">*<span class="escal-tip triangle">Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure</span></span>.</p>© Photo Ghislaine Leloup - 20200905-162304. © Photo Ghislaine Leloup - 20200905-162336 © Photo Ghislaine Leloup - 20200905-162412.

Note : Le ’’i’’ bleu en haut et à gauche qui apparaît sur certaines images vous donne une information sur le document présenté.

Presse

  • Octobre 2020 - Un automne 41 | Rédaction : Cérémonie en hommage à Jean de Neyman - (Pdf)