Mesdames, Messieurs les représentants du comité départemental du souvenir des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure,
Mesdames, Messieurs les représentants des différentes associations de résistants, de déportés, d’anciens combattants,
Monsieur le Maire de Saint-Nazaire,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis, chers camarades,
Si le Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure*Résistance 44 est le site du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure et la section de Saint-Nazaire du P.C.F. ont décidé depuis plusieurs années d’une prise de parole commune c’est parce que nous partageons des valeurs, des luttes, communes, des projets communs.
La commémoration des grandes dates de la Résistance sont importantes mais ne suffisent pas. Connaître, faire connaître, comprendre cette période de l’Histoire de la seconde guerre mondiale, de la Résistance, c’est aussi ne pas se laisser enfermer dans les impasses de cette société dans laquelle l’argent domine tout et ne pas s’interdire de penser et construire un avenir plus humain, plus vivable.
Je me permets de saluer l’initiative prise par Comité départemental du souvenir des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure de l’édition d’une bande dessinée sur la Résistance qui paraîtra au mois d’octobre prochain.
Je me permets de saluer l’important projet engagé de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt du réaménagement de la Sablière pour améliorer l’aspect paysager, sécuriser le site et moderniser le parcours historique. L’avancement du projet sera visible le dimanche 22 octobre prochain, à l’occasion de la commémoration du 76e anniversaire de la mort des 27 otages, fusillés. Une commémoration à laquelle je vous invite à participer dès à présent.
Il y a 73 ans, jour pour jour, le 2 Septembre 1944, ici même à Heinlex, Jean de Neyman tombait sous les balles du peloton d’exécution nazi.
À trente ans, ce jeune communiste, héros et martyr de la Résistance était le dernier fusillé de la poche de Saint-Nazaire.
Il tombait alors que la voie de la liberté commençait à se dégager après les débarquements de Provence, de Normandie, la libération de Paris et de nombreuses villes partout en France. Lille et Montpellier ont été libérées le jour de son exécution.
Nombreux sont celles et de ceux qui, comme lui, dès 1940, ont résisté et sont tombés pour que la France soit libérée.
Je voudrais citer un extrait de l’hommage vibrant et ému aux résistants qu’avait rendu Charles de Gaulle devant l’Assemblée consultative provisoire, le 15 mai 1945. « Il est vrai qu’à chaque pas de la route vers la victoire, l’exemple de ceux qui tombaient venait exalter les vivants. Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines, marins noyés que bercent toujours les vagues de l’océan, aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre, combattants de la Résistance tués au maquis et au poteau d’exécution, vous tous qui à votre dernier souffle avez mêlé le nom de la France, c’est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l’effort, cimenté les résolutions. »
Parmi celles et ceux qui donnèrent leur vie pour que vive la France, il y eut beaucoup de réfugiés, beaucoup de femmes et d’hommes venus d’ailleurs. Comment, devant le sacrifice des 23 du groupe Manouchian, le sacrifice de ces « étrangers mais nos frères pourtant » , comme l’écrivait Aragon, ne pas être révolté du sort réservé, aujourd’hui, aux réfugiés à Calais, à Nice, à Paris ? Comment ne pas être scandalisé quand on apprend que celles et ceux qui leur tendent la main, comme Cédric Herrou, agriculteur de la vallée de la Roya près de la frontière italienne, sont condamnés par la justice ?
A travers cette commémoration, nous nous souvenons de l’engagement de ces milliers de femmes et d’hommes qui, dès 1933, alors qu’Hitler s’emparait du pouvoir en Allemagne, se sont levés et ont dit non. Jean était de ceux qui face au fascisme et au nazisme n’ont jamais détourné les yeux. Étudiant, à la faculté de Strasbourg, il adhère au Parti Communiste Français en 1934. Il devient alors un militant actif qui apporte des colis aux antifascistes emprisonnés en Allemagne.
Il est nommé professeur à Saint-Étienne en 1937. En 1940, il est chassé de l’enseignement public en raison d’une loi de Vichy interdisant la fonction publique aux Français d’origine étrangère (ses parents étaient Polonais).
Il s’exile alors à La Baule où il devient professeur dans un cours privé. Il entre sans hésiter dans la Résistance active et devient un des animateurs de la région. En1944, il entre dans la clandestinité. Avec son équipe il multiplie les coups de main. Début août, deux marins allemands déserteurs se joignent au groupe et participent à quelques actions. Le 17, les deux hommes sont surpris par une patrouille allemande. L’un s’enfuit mais l’autre est capturé. Jean essaie de le secourir en discutant avec les soldats mais il est arrêté à son tour. Le déserteur allemand, torturé avant d’être fusillé, dénonce ceux qui l’ont recueilli. Lors de son procès, Jean de Neyman prend tout à sa charge et réussit à persuader les juges qu’il est seul coupable. Condamné à mort, il est fusillé le 2 septembre. On sait que son courage et son sens de l’honneur ont impressionné les Allemands eux-mêmes. Un décret du 26 avril 1956 attribue à Jean de Neyman, à titre posthume, la médaille de la Résistance.
Se souvenir de cette page de notre histoire, qui peut sembler lointaine aux plus jeunes, est une impérieuse nécessité. Quand un citoyen est privé de l’histoire de son pays, de l’histoire de ses parents et de ses grands-parents, privé de SON histoire, il ne peut pleinement regarder l’avenir les yeux grands ouverts.
En 73 ans, le monde a évidemment beaucoup changé mais la lâcheté et à la barbarie viennent de frapper, une nouvelle fois, à Barcelone, en Russie, au Burkina Faso…
On voit bien que ce dont on discutait, ce pourquoi on luttait, ce pourquoi on espérait en 1944 n’est pas sans écho avec ce que nous vivons aujourd’hui.
La lutte contre les idées, les actes fascistes, les organisations qui se s’affichent ouvertement néonazis, les organisations d’extrême droite est combat permanent en France, en Europe, à l’échelle du Monde. L’élection de Donald Trump aux États Unis, saluée par les mouvements d’extrême droite européens, s’est réalisée sur le développement d’un discours raciste, sexiste, homophobe. Le rassemblement violent de groupuscules néonazis, d’organisations d’extrême droite, de membres du Ku Klux Klan à Charlottesville le 12 Août dernier marque la volonté de ces forces de tenter à repasser à l’offensive.
En France, l’extrême droite se qualifie une seconde fois en quinze ans au second tour de l’élection présidentielle, multipliant par deux, son nombre de voix entre 2002 et 2017.
Le chômage de masse, le développement de la précarité, l’exclusion, la disparition des services publics sont de puissants carburants de l’extrême droite.
Si notre monde est totalement différent de celui de 1944, le fléau de la guerre n’a pas disparu. À l’échelle de la planète, 1 680 milliards de dollars sont consacrés aux dépenses d’armement. Le président des États-Unis, a choisi le jour anniversaire des bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki pour promettre, je cite, « le feu et la fureur, comme le monde ne l’a jamais vu jusqu’ici » aux dirigeants de la Corée du Nord. Cela fait froid dans le dos. Surtout que de l’autre côté, la folie du dictateur nord-coréen glace le sang. L’affrontement verbal entre ces deux irresponsables peut nous conduire au pire.
La guerre nous n’en voulons pas ni aujourd’hui, ni demain. Le Parti communiste français est né de ce refus. Mais pour les communistes, la paix n’est pas et ne peux pas être seulement, l’absence de guerre. La paix, c’est la satisfaction des besoins sociaux, la lutte contre les inégalités et les injustices, le respect des indépendances, la maîtrise des choix nationaux, la coopération et les solidarités nécessaires face aux nouveaux défis mondiaux… Construire la paix, c’est construire un autre monde, une autre Europe, une autre configuration des relations internationales, c’est construire les conditions d’une sécurité internationale, sociale, écologique, civile, humaine... C’est la vision d’un nouvel ordre international. Bref, c’est la construction de ces « Jours Heureux » qui étaient si chers aux cœurs des membres du Conseil National de la Résistance.
Les principales dispositions du programme du C.N.R., rédigé par l’ensemble des mouvements de résistance, unis, dès mai 1943, sous l’autorité de Jean Moulin, restent d’une brûlante actualité. N’a-t-on pas parlé cet été de la nationalisation des chantiers navals de Saint-Nazaire ?
C’est aux conquêtes sociales essentielles du Conseil National de la Résistance que le président de la République a décidé de s’attaquer :
la suppression prochaine de cotisations sociales sur les fiches de paye ce qui fragilisera encore un peu plus la Sécurité Sociale créée en 1946 par Ambroise Croizat, réforme par ordonnances le Code du Travail.
Coup de rabot aux A.P.L., suppression des Contrats aidés, réduction de 13 milliards d’euros sur cinq ans des dépenses des collectivités territoriales…
On peut compter sur Emmanuel Macron pour servir le monde de la finance, d’où il vient et qui en avait fait son candidat, ainsi que le patronat et la commission européenne ! Contre la casse programmée du Code du travail, la C.G.T appelle à une journée d’actions et de grèves le 12 septembre. Nous y participerons !
« Lorsque les jeunes m’interrogent, ils me demandent toujours pourquoi nous avons résisté ? » disait Raymond Aubrac lors d’une rencontre des amis de l’Humanité, le 8 mai 2011. « Eh bien, je leur réponds : parce que nous savions que ça servirait à quelque chose… Même si nous savions que nous pouvions mourir, nous agissions pour les nouvelles générations. Nous étions patriotes, à l’époque, parce qu’envahir la France c’était comme attaquer notre famille…De nombreux jeunes, aujourd’hui, n’ont pas d’avenir… Ils savent que la société ne les attend pas. C’est grave. Je dis aux jeunes : « si vous baissez les bras, vous baissez la tête. Face aux injustices, vous avez des chances d’être battus mais si vous n’êtes pas résignés et que vous êtes prêts à affronter les difficultés du combat, vous avez des chances de vaincre. » Ces chances de vaincre nous voulons les saisir à pleines mains.
Je vous remercie.
Yvon Renévot,
Secrétaire général de la Section du P.C.F. de Saint-Nazaire.