Il y aura 70 ans , dans 3 jours que la Baule était libérée.
Huit mois avant, le 2 septembre 1944, Jean De Neyman, résistant communiste âgé de 30 ans, professeur agrégé de physique était fusillé par les Nazis.
Aujourd’hui, avec la présence de sa famille, nous voulons comme nous le faisons tous les ans à cette date, honorer la mémoire de celui qui fut certainement le dernier fusillé de cette guerre en Europe et rendre hommage à l’homme, à son esprit et à l’idéal qui l’animait.
Gardons nous de réécrire l’histoire. Les opérations politiciennes pour sortir les événements, les hommes et femmes de leur contexte historique, pour brouiller les repères, pour instrumentaliser l’histoire, sont dangereuses.
C’est à juste titre qu’elles sont condamnées par toutes celles et tous ceux qui sont attachés aux valeurs de résistance, de progrès, d’internationalisme et de paix.
Je voudrai rappeler ici les conditions dans lesquelles Jean De Neyman a mené son combat pour que triomphe son idéal de justice, de liberté, de paix et d’émancipation de l’homme.
Né le 2 août 1914, Jean est issu d’une famille Polonaise. C’est un élève très brillant en mathématiques, en physique mais aussi en langues étrangères puisqu’il parle couramment l’anglais et l’allemand ce qui lui servira pour ses actions d’éclat dans la résistance.
Il entre en 1934 à la faculté de Strasbourg et c’est à cette époque qu’il s’inscrit au P.C.F..
Militant actif, il apporte des colis aux antifascistes emprisonnés en Allemagne.
Profondément antifasciste et idéaliste, il alla jusqu’à contracter un mariage blanc avec une jeune allemande emprisonnée pour propagande communiste et parvint à la faire sortir des geôles nazies. Après le divorce, la jeune femme put retourner vivre en Allemagne.
En 1937, il est professeur agrégé au lycée à Saint-Étienne à 24 ans.
Mobilisé en 1939, il est affecté étant très myope dans un laboratoire à Paris, l’institut FRICK, ou l’on vérifie la nourriture pour l’armée.
Cet institut est délocalisé ici à La Baule, dans un bâtiment dit « El Cid ». Jean est parmi eux.
En 1940, démobilisé, il est tributaire des lois du gouvernement de Pétain qui interdit aux fils d’étrangers (il est fils de Polonais), d’avoir un poste dans l’enseignement public.
C’est donc ici à La Baule, dans cette maison (qui était celle des parents de Michèle MORGAN) que résida et enseigna Jean.
La plaque apposée sur ce mur en fait foi.
Alors que la dictature fasciste semble s’imposer partout en Europe, du nord au sud, de l’atlantique aux frontières soviétiques, le drapeau nazi flotte sur Berlin et Paris, Varsovie et Prague, Belgrade et Bruxelles, Oslo et Copenhague. La peste brune se croit installée pour des siècles, pour toujours.
Jean entre sans hésiter dans la résistance active et devient vite un des animateurs de la région.
Ici, professeur à La Baule où il a trouvé refuge, De Neyman côtoie les F.T.P..
C’est un acteur communiste de la résistance, individuel certes, mais liant des relations avec des réseaux organisés par la direction du P.C.F.. C’est dans ce cadre que des relations solidaires se nouent, avec le groupe de La Baule précisément au lieu dit « KERCOCO », peuple à l’époque d’une autre qualité d’immigrés : les Italiens. Car une fois Jean De Neyman captif des nazis, le groupe de KERCOCO eut la volonté de le sauver par les armes sans y parvenir.
Un jour, deux résistants ayant tiré sur des soldats allemands, la kommandantur de Guérande prend 10 otages et annonce qu’ils seront fusillés dans les 48 heures si les coupables ne se dénoncent pas. Jean aide les deux résistants à quitter la région puis rédige une lettre de menace : « si les otages sont fusillés, le chef de la Kommandantur sera exécuté et on tirera sur tous soldats allemands sortant en ville » .
Habillé en soldat allemand, monté sur un vélo allemand, il va porter lui-même la lettre à la Kommandantur. Le stratagème réussit et les otages sont libérés* Voir l’article spécifique « À vélo ».
Début juin 1944, Jean entre dans la clandestinité et constitue une équipe. L’activité du groupe est importante : coupures de câbles électriques et téléphoniques, sabotages de transformateurs, destruction et désamorçages de mines. Persuasif, il réussit à convaincre 72 polonais cantonnés à Mesquer, de rejoindre le groupe le jour où les américains libéreraient Saint-Nazaire.
Début août, deux marins allemands déserteurs se joignent à son groupe et participent à quelques actions. Le 17 août, ces deux marins sont surpris par une patrouille allemande. L’un deux s’enfuit, l’autre est capturé. Jean essaie de le secourir en discutant avec les soldats mais il est arrêté à son tour. Les deux hommes sont emmenés au château d’Heinlex puis transféré au camp Franco à Gron.
Le déserteur allemand, Gerhart, torturé avant d’être fusillé, dénonce ceux qui l’ont recueilli.
Mais lors du procès, Jean de Neyman, admirable, prend tout à sa charge et réussit à persuader les juges qu’il est seul coupable, et que tous ses camarades de captivité sont innocents. Il est condamné à mort le 25 août 1944, ayant fait je le cite « volontairement et en connaissance de cause le sacrifice de sa vie à sa patrie et à ses amis ».
Son courage et son sens de l’honneur ont impressionné les allemands eux mêmes.
Avant de mourir, il écrira une lettre d’adieu émouvante à ses parents : voici le fin de cette lettre :
« ...Vivez pour continuer à faire progresser le monde, comme vous mêmes m’avez appris à le faire. J’ai conscience encore plus aujourd’hui, combien tout ce que j’ai fait est au fond votre œuvre et je vous prie de faire quelque chose de bien de chacun de vos petits enfants actuels et futurs et que ce soit en pleine conscience d’homme qu’ils sachent faire leur devoir d’homme.
En vous embrassant mes chéris, je vous écris la conclusion de ma vie, entre deux morales célèbres : Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer et tout le bonheur de l’homme tient dans ce devoir « agir et espérer » .
Un décret du 24 avril 1946 attribue à Jean de Neyman, à titre posthume, la médaille de la résistance avec rosette.
Notons que le 28 décembre 1945 le conseil municipal de La Baule donne le nom de Jean De Neyman à une grande avenue d’entrée de La Baule.
Jean de Neyman a donné sa vie pour construire un monde de justice, de liberté et de paix.
Le 21e siècle risque d’être terrible si on ne prend pas la mesure du défi et si on ne contribue pas d’urgence à la résolution des principaux problèmes du monde actuel :
- Éradiquer la grande pauvreté, coopérer pour aider au développement dans toutes ses dimensions et d’abord les dimensions essentielles (santé, emploi, éducation, alimentation, culture…).
- Favoriser la démocratie et soutenir les forces qui agissent pour qu’elles progressent.
- Faire respecter le droit international dans l’esprit de la charte des Nations Unies.
- Obtenir une solution juste au conflit du proche orient ...
« La résistance se conjugue au présent » disait Lucie AUBRAC. Dans notre pays, l’actualité sociale et politique lui donne chaque jour raison.
Aujourd’hui encore, l’action de la finance et des grands prédateurs financiers doivent nous alerter.
Ce qui se passe à nos portes, que ce soit en Grèce, en Espagne ou au Portugal et même chez nous avec les manifestations de ces derniers mois, à caractère manifestement homophobes et xénophobes doivent retenir toute notre vigilance.
Certains pensent qu’ils peuvent en profiter pour casser tous les acquis sociaux que nous ont permis d’obtenir les luttes et les sacrifices de nos aînés.
Nous ne pouvons pas les laisser faire !
N’oublions jamais que le régime nazi Allemand a bâti sa légitimité à partir de la misère de son peuple et à commencé par déporter ses propres ressortissants.
Il revient à toutes celles et tous ceux qui, comme nous, portent aujourd’hui l’idée de résistance au cœur, d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays.
Il nous revient :
- De faire passer la flamme de l’indignation de génération en génération.
- De réapprendre aux jeunes qui se sentent très concernés, qui raisonnent, qui interrogent, les leçons des années noires.
- De démontrer une fois encore que refuser, s’opposer, résister, construire un autre monde ne sont pas des gros mots.
- De réfléchir à ce que peut signifier l’engagement.
- De reconstruire des droits et de reconstruire l’espoir.
Et je terminerai cet hommage en citant « Régis Antoine » professeur émérite de l’université de Nantes :
« Sans ces hommes et ces femmes d’origines plurielles, notre état de conscience nationale ne serait pas ce qu’il est. Nous ne serions pas le peuple que nous sommes. »
La Baule-Escoublac le vendredi 8 mai 2015
Gérard Denoyelle
Membre du Parti communiste français – Section Presqu’ile
Conseiller municipal de La Baule-Escoublac