Collectif Jean de Neyman
La Résistance en mémoire

Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.

Septembre 2010 - Commémoration à Saint-Nazaire
Article mis en ligne le 14 décembre 2025

par Patrice

Contexte

Elle s’est déroulée le samedi 4 septembre 2010.

Allocution du Parti communiste français

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames, Messieurs les représentants du Comité départemental du souvenir, des fusillés de Nantes et de Châteaubriant et de la Résistance en Loire-Inférieure,
Mesdames, Messieurs les représentants des différentes associations de résistants, de déportés, d’anciens combattants,
Monsieur le Maire de Saint-Nazaire, représenté par ...
Mesdames et messieurs les élus,
Madame, Monsieur,
Chers amis, chers camarades,

La période historique de la Résistance reste une source importante d’inspiration pour les écrivains, les cinéastes, les chanteurs, les historiens et pour toutes celles et ceux qui luttent aujourd’hui pour un monde meilleur.

Nous avons en mémoire le texte de « L’affiche rouge » de Louis Aragon, sa mise en musique par Léo Ferré, « Nuit et Brouillard » écrit, composé et chanté par Jean Ferrat après le film d’Alain Resnais. Nous sommes nombreux ici à avoir été émus par le film de Robert Guédiguian « l’Armée du crime » sorti en septembre dernier qui revient sur ce groupe de jeunes juifs, hongrois, polonais, roumains, espagnols, italiens, arméniens avec à leur tête Missak Manouchian, tous déterminés à se battre pour libérer la France qu’ils aimaient, la patrie des Droits de l’Homme.
Le journal l’Humanité a demandé, durant les deux mois d’été, a des écrivains, des historiens, des journalistes de faire le portrait d’une résistante ou d’un résistant. Chaque jour nous avons pu redécouvrir les engagements de Henri Rol Tanguy, Maurice Kriegel Valrimont, de Raymond Aubrac, Geneviève de Gaule, Odette Nilès et de bien d’autres...

Aujourd’hui, nous évoquons un héros un peu moins connu car sa vie qui a été, certes, un peu plus longue que celle de Guy Môquet a pourtant été bien courte puisque Jean de Neyman était fusillé à 30 ans, ici dans cette propriété d’Heinlex, le 2 septembre 1944. Il y a 66 ans.

Alors que le débarquement allié avait eu lieu depuis 3 mois, alors que Paris avait été libéré le 25 août, Jean allait être le dernier fusillé de la Poche de Saint-Nazaire.

Né le 2 août 1914, Jean de Neyman est issu d’une famille polonaise. Il entre en 1934 à la Faculté de Strasbourg. C’est à cette époque qu’il adhère au Parti Communiste Français. Il est à Paris quand la guerre est déclarée. Réfugié à La Baule, il enseigne en classe préparatoire dans un cours privé Le Cid.

Alors que la dictature fasciste semble s’imposer partout en Europe, il entre, sans hésiter, dans la Résistance active et devient vite un des animateurs de la région.

Après l’attaque de soldats allemands par deux résistants, le commandement militaire nazi de Guérande prend 10 otages et annonce qu’ils seront fusillés dans les 48 heures si les coupables ne se dénoncent pas. Jean aide les deux résistants à quitter la région puis rédige une lettre de menaces : « si les otages sont fusillés, le chef nazi de la région Saint-Nazaire - Guérande sera exécuté » *Article « À vélo » à lire sur la page du site du Collectif. Parlant couramment l’allemand, habillé en soldat de l’armée d’Hitler, il va porter lui-même la lettre au commandement nazi. Le stratagème réussit et les otages sont libérés.

Début juin 1944, Jean entre dans la clandestinité et constitue une équipe. L’activité du groupe est importante : coupures de câbles électriques et téléphoniques, sabotages de transformateurs, destruction et désamorçage de mines. Persuasif, il réussit à convaincre 72 Polonais cantonnés à Mesquer de rejoindre le groupe le jour où les Américains libéreront Saint-Nazaire.

Le 17 août, deux marins allemands déserteurs sont surpris par une patrouille allemande. L’un d’eux s’enfuit, l’autre est capturé. Jean essaie de le secourir en discutant avec les soldats mais il est arrêté à son tour. Le déserteur allemand, torturé avant d’être fusillé, dénonce ceux qui l’ont recueilli. Lors du procès, Jean de Neyman, prend tout à sa charge et réussit à persuader les juges qu’il est seul coupable, que tous ses camarades de captivité sont innocents. Il est condamné à mort le, 25 août 1944, ayant fait, je le cite « volontairement et en connaissance de cause le sacrifice de sa vie à sa patrie et à ses amis » .

Un décret du 26 avril 1956 attribue à Jean de Neyman, à titre posthume, la médaille de la Résistance.

Aujourd’hui, comme tous les ans, nous rendons hommage à l’homme, à son combat et à l’idéal qui l’animait : la construction de ce que le philosophe Alain Badiou nomme « l’hypothèse communiste » c’est-à-dire la construction d’une autre organisation de la société humaine.

Dans le monde de 2010 qui a, bien sûr, profondément changé en 66 ans, alors que le capitalisme financiarisé et mondialisé connaît une de ses plus graves crises, après l’échec des pays « socialistes », l’échec de la social-démocratie en Europe et dans le monde, « l’hypothèse communiste » continue de nous animer.

Comment, en effet, alors que la crise capitaliste continue tous les jours de jeter des milliers d’hommes et de femmes, au chômage, de refuser aux plus jeunes le droit au travail, alors que des millions d’hommes, de femmes, d’enfants vivent dans la précarité et sous le seuil de pauvreté... comment ne pas voir que le combat de Jean de Neyman et celui de tous les hommes et toutes les femmes qui se sont engagés dans la Résistance reste d’une brûlante actualité ?

Permettez moi de rappeler ici quelques mesures démocratiques, économiques, sociales qui étaient contenues dans le programme du Conseil National de la Résistance, mesures qui, je cite le programme, étaient « à appliquer dès la Libération du territoire » :

  • Sur le plan des institutions : établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ; pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; liberté de la presse, liberté d’association, de réunion et de manifestation ; le respect de la personne humaine ; l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;
  • Sur le plan économique : instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général, droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires et participation des travailleurs à la direction de l’économie.
  • Sur le plan social : droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ; réajustement important des salaires et garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ; garantie du pouvoir d’achat national avec une politique tendant à une stabilité de la monnaie ; reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ; un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, sécurité de l’emploi, réglementation des conditions d’embauche et de licenciement, une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ; la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, constamment renouvelée par les apports populaires.

Beaucoup, parmi ces propositions restent à conquérir voire à reconquérir en cette rentrée où se joue l’affrontement, sans doute le plus dur, entre le peuple et le pouvoir, entre le monde du travail et les intérêts capitalistes, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.

Pour tenter de faire oublier la faillite de sa politique, l’affaire Woerth-Bettencourt et son projet de casse de nos retraites, Nicolas Sarkozy a, cet été, délibérément choisi de montrer du doigt les gens du voyage et les Roms, les considérant comme des ennemis de l’intérieur. En faisant cela, il a rappelé à notre pays les heures les plus sombres de son histoire.

Depuis le discours de Grenoble, le 30 juillet, nous vivons des heures graves. Ce jour-là, le chef de l’État a choisi de déshonorer la France, de salir les valeurs de la République en officialisant ce qu’il faut bien appeler un « racisme d’État ». Depuis, le climat de tension et d’intimidation entretenu, le déploiement d’actions policières médiatisées, l’indigne chasse aux Roms planifiée au plus haut niveau de l’État, ont levé pour des millions de nos concitoyens les dernières ambiguïtés sur la nature de ce pouvoir. L’image de la France dans le monde est gravement atteinte. Disons le nettement, la France ne se reconnaît plus dans ce pouvoir indigne de notre devise nationale « Liberté, égalité, fraternité » et le monde, lui, n’y reconnaît plus la France. Nous sommes fiers d’être de celles et de ceux qui se lèvent aujourd’hui pour clamer haut et fort : « stop à cette xénophobie d’État. Non la politique de Nicolas Sarkozy, ce n’est pas la France ! Pas la France qu’aimait et que défendait Jean de Neyman ! Celle pour qui il a donné sa vie ! »

Oui, il y a de la souffrance, de la misère, de l’insécurité dans nos quartiers et de terribles inquiétudes pour demain. Mais depuis trois ans, nous l’avons tous constaté : la seule sécurité dont se soient réellement préoccupés Sarkozy, Fillon, Hortefeux, Woerth ou Besson, c’est la sécurité des transactions financières, la sécurité des dividendes ; c’est celle de leurs copains bien à l’abri de leur bouclier fiscal !
La prétendue guerre à la délinquance lancée par le gouvernement n’est qu’un sinistre tour de passe-passe. Une chasse à l’homme, une chasse au pauvre, une chasse au jeune, une chasse à l’étranger... Une chasse pour faire peur, une chasse aussi spectaculaire qu’inefficace ! Notre devoir est de mettre en échec cette escroquerie qui menace nos libertés et vise à laisser dans l’ombre le grand hold-up que le gouvernement prépare sur nos retraites.
Aujourd’hui, ont lieu, à Saint-Nazaire et partout en France, des rassemblements à l’appel de nombreuses organisations politiques, syndicales, associatives.En y participant nombreux, nous sommes les héritiers du combat que menait Jean de Neyman à la Libération.
Nous le sommes aussi quand nous appelons à participer massivement aux grèves et manifestations larges et unitaires du 7 septembre.

C’est bien une rentrée en résistance pour riposter qui est devant nous

Nous seront de toutes ces mobilisations, nous contribuerons à la participation du plus grand nombre. Nous poursuivons cette ambition d’être sur tous les fronts !

Pour en finir avec la retraite à 60 ans, le gouvernement mise, cette fois encore, sur un passage en force à l’Assemblée. Mais le pays en colère n’a pas l’intention de lâcher ! Mardi doit être une journée de mobilisation et de lutte sans précédent. Disons le haut et fort : nous aussi, nous voulons une réforme des retraites ! Celle qui fera cotiser le capital et les revenus financiers à la même hauteur les revenus du travail !

Les députés et les sénateurs communistes et du Parti de gauche relaieront au Parlement la mobilisation sociale et porteront un projet de loi alternatif contenant cette proposition.

Ayons conscience que si le pouvoir est plus agressif que jamais, il n’est plus le pouvoir tout puissant et arrogant que rêve d’incarner Nicolas Sarkozy depuis son accession à l’Élysée. Son échec sur l’aide au logement des étudiants est significatif. Ceux qui nous gouvernent peuvent désormais reculer. Ils peuvent être battus. La bataille des retraites est loin d’être terminée. Elle peut être gagnée !

Je voudrais, pour terminer, revenir sur le débat que nous avions lancé ici même, il y a un an, sur le nom de Jean de Neyman pour un futur équipement de ville, de la Carène6 ou du département suite à la reconstruction et à la fusion des collèges Jean de Neyman et Manon Rolland.

Le projet architectural du nouveau collège a été présenté au conseil municipal de Saint-Nazaire en juin dernier. Nous voulons être plus insistants, cette année, car le nom de Jean de Neyman et les valeurs qui s’y rattachent doivent continuer d’être gravés au fronton d’un établissement public de notre ville.

Le lycée professionnel d’Henleix qui n’a, en fait, pas de nom pourrait s’appeler « Lycée Jean de Neyman » car il est situé sur le lieu géographique où Jean a été fusillé. L’institut universitaire de technologie d’Henleix qui, lui aussi, ne porte pas de nom, pourrait prendre le nom d’« I.U.T.Jean de Neyman » puisque Jean était agrégé de physique. Voilà deux propositions concrètes.

Donner un nom à un lycée, cela est du ressort de la Région. La première proposition lui est donc destinée. Et nous souhaitons que les conseillers régionaux communistes de Loire Atlantique en soient porteurs.

Donner un nom à un Institut Universitaire de Technologie dépend du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. La deuxième proposition lui sera donc adressée.

Yvon RENÉVOT
Secrétaire général de la Section du Parti communiste de Saint-Nazaire

Presse

  • 01/09/2010 - Ouest-France.fr | Rédaction : Un résistant célébré par les communistes - (Pdf)
  • 01/09/2010 - Ouest-France.fr | Érika PENOT : Le PC célèbre Jean de Neyman, résistant - (Pdf)