Cérémonie commémorative du 82ème anniversaire de l’exécution de Jean de NEYMAN
5 septembre 2026 à Heinlex - Saint-Nazaire
Allocutions de Joël BUSSON et Christian RETAILLEAU
pour le Comité du Souvenir·Résistance 44
Intervention de Joêl BUSSON
Monsieur le Député Matthias TAVEL
Monsieur Xavier PERRIN, adjoint au Maire, représentant la municipalité de Saint-Nazaire,
Chères Dominique et Claire représentantes de la famille de Jean de Neyman,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis et camarades,
Comme chaque année depuis la Libération, cette cérémonie, en ce lieu où Jean de NEYMAN a vécu ses derniers instants, témoigne que les générations se succèdent et rendent hommage au Résistant, à l’homme de courage et d’abnégation que fut Jean de NEYMAN avec sa lucidité, sa clairvoyance politique.
Oui, il est sans doute plus que jamais nécessaire que l’on se souvienne, que le sacrifice de Jean de NEYMAN ne doit pas tomber dans l’oubli.
Il interpelle la conscience humaine.
Je laisserai la narration de l’action de Jean à Christian, et je renvoie ceux qui voudraient la redécouvrir à visiter nos sites internet*Comité départemental du souvenir des fusillés de Châteaaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure (Résistance 44) et Collectif Jean de Neyman..
Intervention lue par Christian RETAILLEAU
Les mots de Jean dans sa dernière lettre, alors qu’il vient d’être condamné à mort sont à cet égard saisissants quand il résume sa vision de la situation :
« Je m’en vais donc disparaître dans les meilleures conditions possibles… après avoir eu la chance de voir le sinistre tableau de 1939 remplacé par les claires perspectives de 1944, et la nouvelle chance que ma condamnation me donne le droit de penser que je n’y suis pas complètement étranger – après avoir dégusté l’amusante et flatteuse ironie du sort qui me fait l’un des derniers fusillés français de cette guerre… je vous écris la conclusion de ma vie : tout le bonheur de l’homme tient dans ce devoir Agir et espérer ».
Tout Jean de Neyman est là, attendant la mort avec la tranquillité et la douce ironie d’un homme encore jeune, promis à un bel avenir et qui refuse de s’apitoyer sur son sort, porté par ses convictions communistes, tout entier tourné vers les autres, ce qu’il rappelle dans sa dernière lettre également :
« Ainsi, si vous voulez me faire rétrospectivement plaisir, ne soyez pas trop malheureux. Je vous ai assez aimés pendant ces vingt dernières années pour que vous ne m’en vouliez pas de vous laisser seuls ensuite. Ne soyez pas égoïstes. Vivez pour faire continuer à faire progresser le monde, comme vous-mêmes me l’avez appris à le faire ».
On peut dire de Jean de NEYMAN qu’il est un résistant de toujours, c’est probablement le fruit de son éducation que lui, sa sœur jumelle Marie et son frère André ont reçu de leurs parents venus de Pologne au début du 20e siècle ; éducation basée sur la culture, la philosophie, le respect des valeurs de la République, le respect de l’autre.
Famille à l’esprit résistant et qui a beaucoup souffert du nazisme : deux de ses tantes seront fusillées et son oncle refusera de serrer la main à la délégation allemande en visite diplomatique, son père et sa mère seront décorés de la « Polonia Restituta*L’ordre Polonia Restituta (en polonais : Order Odrodzenia Polski, signifiant en français « ordre de la Renaissance de la Pologne ») est la seconde plus haute décoration civile polonaise, après l’ordre de l’Aigle blanc. (Source Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_Polonia_Restituta). » pour leurs activités en faveur d’enfants polonais immigrés.
En 1934, étudiant à la faculté de Strasbourg, antifasciste de la première heure, il adhère au Parti communiste et s’engage dans le soutien aux antinazis allemands ; ainsi pour la faire libérer de prison, il contracte un mariage blanc avec Nathalie VOGEL, action emblématique de son sens de l’action dont il fera preuve plus tard contre l’occupant allemand.
Après la débâcle de 1940, Jean est démobilisé. Professeur de physique, il est radié de l’enseignement en raison d’une loi de Vichy interdisant la Fonction publique aux Français d’origine étrangère. Ses tentatives pour se faire réaffecter ayant échouées, Il devient alors professeur au cours secondaire privé « Le Cid » à La Baule, et très rapidement il mène une intense propagande anti-allemande dans les milieux qu’il fréquente puis réussit à entrer en contact avec les résistants communistes nazairiens.
En mai ou en juin 1944, il entre dans la clandestinité, avec son groupe de Francs-tireurs et partisans, basé dans la ferme de Madame et Monsieur Joseph GERGAUD à Kermichel à Saint-Molf, avec entre autres Jean MERCY et Bernard CABASSON qui avait tué un soldat allemand, avant que la constitution de la poche de Saint-Nazaire autour de la base sous-marine ne les isole totalement des F.F.I. et des forces américaines qui l’encerclent.
Ils multiplient les actions de guérilla contre l’ennemi – capture d’équipements et d’armes, sabotages de transformateurs électriques et coupures de câbles, chasse aux Géorgiens de la Wehrmacht pilleurs de fermes- et favorisent la désertion de travailleurs forcés polonais et de marins allemands.
Jean de NEYMAN est arrêté le 17 août 1944 pour avoir tenté de sauver le soldat tchèque Gerhardt, déserteur qui s’était joint à leur groupe de F.T.P.3, arrêté par une patrouille allemande. Pour protéger les membres de son groupe dont certains ont également été arrêtés, pour leur éviter le pire, il se désigne comme le seul responsable devant le tribunal militaire allemand. C’est un acte de courage et d’abnégation qui force l’admiration.
Il est condamné à mort le 25 août et fusillé au château d’Heinlex le 2 septembre à proximité de l’endroit où nous nous trouvons.
Reprise de lecture par Joël BUSSON
Permettez que nous ayons une pensé pour une femme qui a contribué à la pérennité de cette mémoire : Denise FRAIX nous a récemment quittée, elle était une militante communiste, féministe, elle avait été une élue et parmi ses nombreux engagements une des actives responsables de notre Comité du Souvenir des Fusillés.
Nous voulons aussi associer à cet hommage celui dû aux auteurs et acteurs de la résistance populaire nazairienne trop souvent oubliés. Notre regretté camarade Guy TEXIER, le soulignait ici même, il y a quelques années.
Tous ces hommes et ces femmes trop rarement cités remplirent dés les premiers jours de l’occupation un rôle important dans la Résistance, de la propagande anti-nazie aux sabotages contre l’armée allemande.
Aux chantiers, dans l’usine d’aéronautique et jusque dans la base sous-marine, avant même l’arrivée des troupes ennemies, les ouvriers des Chantiers avec l’équipage mirent toute leur énergie pour soustraire le « Jean Bart » aux prises de guerre des fascistes.
IL faut le rappeler, car effacés des discours et commémorations officielles, les actes de résistance furent nombreux à Saint-Nazaire et dans la Presqu’île guérandaise.
Avec les inscriptions anti-nazies, les tracts, l’aide aux miliaires anglais, la résistance fut très active suite à la catastrophe du Lancastria et également lors de l’action commando britannique fin mars 42, sur la forme Joubert.
Les allemands en déportant par représailles les habitants du Petit Maroc, dont mon père, dans un camp à Savenay, le confirmèrent !
Ce fut aussi le sabotage du prototype de l’hydravion « Arado » à la S.N.C.A.S.O. dont les artisans furent déportés : Adrien BERSELLI qui mourut dans la baie de Lübeck, René ANDRÉ, Jean BOURMAUD, Jules BUSSON.
Albert ROCHETEAU, JEAN DRÉAN, Georges GIRARD (qui deviendra le commandant Conan auprès de ROL-TANGUY préparant et dirigeant l’insurrection et la libération parisienne en août 44), dynamiteront la permanence des collabos de la L.V.F. avec l’aide de leurs camarades Républicains espagnols dont certains,internés au camp Franco de Montoir et travailleurs forcés la base sous-marine, multiplièrent les sabotages.
Nombreux y laissèrent leurs vies, avec les F.T.P. Nantais du « procès des 42 » ou dans les camps.
Merci à notre regretté Juan ESCUER GOMIS de nous avoir transmis son témoignage.
N’oublions pas les femmes extraordinairement courageuses, les Marthe GALLET, Suzanne MAHÉ et leurs camarades qui furent torturées, internées, déportées.
Hélas, le travail de recensement n’est pas achevé, mais citons Maurice et Louisette PICONNIER, les BERTHO, DURANT, PICHON, PERRICO, BÉCARD ou encore André LE MOAL fusillé lui aussi à 17 ans, Hubert CALDECOTT, Jean DRÉAN, Guy LELAN, LABROUSSE tombés sous les balles au Mont-Valérien, ou au champ de tir du Bêle à Nantes.
Souvenons nous aussi des BIREMBAUT, SCULO, COQUET…
La Résistance était plurielle, un hommage aussi doit être rendu aux membres des groupes Henri MAHÉ ou Georges TANCHOUX de La Baule, celui de LITOUX à Saint Lyphard.
Nombre de ces résistants, arrêtés, ne reviendront pas des camps de concentrations. Bien souvent hélas, ils furent dénoncés par de « bons français ».
Plus connu, un collège proche porte son nom. Albert VINÇON c’est le réseau « Georges France 31 » plus spécialisé dans le renseignement et l’évasion d’aviateurs, qu’il animait avec Henri FOGEL, Germaine LARDON, Henri ALLANET, Jean GUITTON.
La Résistance, c’est aussi jusqu’aux heures de la poche, les F.T.P. autour de Jean de NEYMAN, très actifs, aussi bien dans la propagande anti-nazie notamment vers les soldats allemands, que pour le sabotages des installations de l’armée d’occupation.
Tous ces hommes et ses femmes sont trop rarement cités, oubliés même. Ils payèrent pourtant, comme Jean de Neyman un lourd tribut pour notre liberté, la démocratie, La République.
Trop souvent les noms des rues, les citations sont attribuées à des individus qui se sont distingués contre les idéaux que défendaient ces femmes et ces hommes qui furent l’honneur de la Nation.
Alors qu’ils et elles refusèrent la servitude, le déshonneur, la défaite… qu’ils et elles donnèrent leurs vies même, face aux pelotons d’exécution ou sous la torture, ils sont trop souvent ignoré·es.
Cela n’est pas un hasard, mais autant d’actes d’ignorances, de mépris pour le Peuple.
N’oublions jamais de quoi les fascistes sont capables, ils le démontrent encore de nos jours là ou ils ont des pouvoirs. Aujourd’hui dans notre pays les moyens d’une poignée de milliardaires s’emploient quotidiennement à présenter les héritiers de Pétain comme de bons patriotes et démocrates.
La peste brune est de retour et prétend diriger le pays.
Oui, notre pays et les peuples colonisés, les ont déjà vu à l’œuvre quoiqu’ils en disent, ils sont ces fascistes d’aujourd’hui, bien pareils à leurs aînés .
Ils portent en eux, l’antisémitisme, l’islamophobie, la misogynie l’homophobie, le racisme, la haine. les violences.
Il suffit de regarder objectivement leurs actes là ou ils accèdent aux commandes !
Les politiciens et médias qui refusent d’ouvrir les yeux qui, pire encore, se font les complices de cette idéologie nauséabonde, rêvent comme leurs prédécesseurs, (le MÉDEF l’a montré lors du show de Roland Garros) plutôt un(e) LE PEN qu’un Front Populaire, plutôt un TRUMP qu’une véritable démocratie.
En rendant hommage aux Jean de NEYMAN, aux MANOUCHIAN, aux Lucie AUBRAC, à ceux de Châteaubriant, bref, à toutes et tous les résistants, nous poursuivons leur combat pour des Jours Heureux. Ils avaient écrit et mis en œuvre un programme démocratique dont la Sécurité sociale, le statut des fonctionnaires, la liberté et le pluralisme de la presse, de services publics et tant d’autres progrès sociaux et démocratiques qui furent nommés le « modèle français », celui que depuis des décennies de loyaux gérants du capitalisme s’emploient, disent-ils à « réformer », en réalité vous l’avez compris à détruire,pour livrer au privé tout ce qui peut lui rapporter !
Jean CASSOU, résistant et historien écrivait :
« C’est au nom de ceux des nôtres, qui ont risqué la mort pour la liberté que nous vous demandons à vous, à ceux des jeunes générations, d’être vigilants. Nous vous passons le flambeau, à votre tour de vous battre quand il le faudra, comme il le faudra, pour la justice, la dignité humaine, la liberté ».
Je vous remercie de votre attention.