Site de recherches sur la vie de Jean de Neyman, Résistant, fusillé le 2 septembre 1944 à Saint-Nazaire (Heinlex) en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique aujourd’hui) - France.
Légendes :
[entre crochet signifie que nous ne sommes pas certain du mot.]
LE PROLO DE LA BRUCHE
Année 1938 - N°8 - Août - Prix : 75 Cts - 14 pages*Il n’y a que 5 pages de disponibles en transcription ici pour l’instant. Le journal est complet en téléchargement.
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Imprimeur-Gérant : NEYMAN, 68 faubourg de Saverne à STRASBOURG (Bas-Rhin)
Après une vie de dévouement au service de la classe ouvrière de la vallée notre grand camarade Paul BOLLE s’est éteint à Rothau le 13 juillet à 9 heures
« Paul mort 9 heures ; Enterrement Samedi après-midi », tel est le texte du télégramme que nous recevions le 13 juillet.
Est-ce possible ? Nous l’avions vu tant de fois couché mais aussitôt debout dès que le soleil réapparaissait.
Hélas, il a fallu nous rendre à la réalité. Celui qui incarne au plus haut degrés dans la Vallée les idées de Paix, de Liberté, et de Progrès social , n’était plus.
La Vallée vient de perdre le meilleur de ses fils. Le PROLO s’incline devant sa mémoire.
Que sa famille, que les organisations ouvrières de la Vallée trouvent ici l’expression de nos plus fraternelles condoléances.
PAUL BOLLE UN DE NOS MEILLEURS N’EST PLUS.
Par Georges WODLI.
Le 13 juillet, à 49 ans seulement, notre ami Paul Bolle de Rothau est décédé. Le sachant malade, bien malade même, il y a longtemps déjà que nous nous étions rendu compte que l’inévitable allait se produire à brève échéance. Et pourtant sa mort nous a émus jusqu’au plus profond de nous même, nous qui connaissions Paul depuis de longues années et dont les conseils avertis nous avaient été si précieux dans l’orientation de notre travail de propagande à travers la Vallée.
Avec Paul Bolle le Parti communiste a perdu son pionnier de première heure dans la Vallée de la Bruche, un pionnier dont à juste raison il pouvait s’honorer et que ceux qui l’ont approché n’oublieront jamais de leur vie.
Enfant de la Vallée, ouvrier d’usine dès la sortie de l’école, il dut partir faire la guerre comme d’autres. Il en revint, les poumons atteints du gaz et ce fut cette blessure qui près de vingt ans après l’armistice, après avoir lentement épuisé ses forces, lui valut sa mort prématurée.
Mais pour lui, la leçon de l’effroyable hécatombe de 1914-18 ne fut pas perdue. Socialiste d’avant guerre, il savait tirer les conclusions de la capacité du mouvement ouvrier d’alors en face de la guerre mondiale. Il en revint partisan convaincu de la voie que Lénine et les bolchéviks venaient de tracer à la classe ouvrière du monde entier à travers la révolution d’octobre 1917.
Ainsi, du congrès de Tours de 1920, jusqu’à sa mort, Paul fut membre du Parti Communiste et aucun revers , aucunes désertions n’ont pu ébranles sa conviction profonde de la justesse de la politique de notre Troisième Internationale.
Bien que ruiné par la maladie, Paul se dépensait sans compter pour propager la foi qui était la sienne. Et pourtant quelle ténacité ne fallait-il pas avoir pour persévérer dans cette voie dans la Vallée où pendant si longtemps les calomnies déversées depuis 20 ans sur le compte du communisme, où la terreur entretenue par le patronat ont influencé l’attitude du prolétariat.
Aujourd’hui, Paul Bolle est mort, mais avant de nous quitter, il avait eu la satisfaction, qui pour lui était immense, d’avoir pu assister au renouveau du mouvement ouvrier dans la Vallée. Il nous a quitté et nous n’aurons plus pour impulser notre activité ce camarade à la fois si tenace et si courageux, si modeste et intelligent. Cependant il nous laisse une section communiste qui par le nombre de ses adhérents et le travail qu’elle accomplit se montre d’ores et déjà digne de lui.
Aussi en même temps que nous formulons, dans ce PROLO dont il suivait le développement, quasi jusqu’au dernier jour de sa vie (n’y a-t-il pas dans ce même PROLO des articles sur la Vallée rassemblés et rédigés par Paul Bolle peu de jours seulement avant sa mort ?), nos condoléances à l’égard de sa famille, nos exprimons nos convictions que l’exemple de cette vie sans reproche qui vient de s’éteindre, sera pour beaucoup qui liront ces lignes, une raison nouvelle pour se joindre à nous et pour travailler aux idées de progrès et de justice sociale qui non jamais cessé d’animer notre grand ami que nous venons de perdre.
Paul Bolle mort. J’attendais la nouvelle d’un moment à l’autre. Je savais que ces jours étaient comptés et cependant je ne pouvais me faire à cette idée ce 14 juillet date à laquelle j’appris la terrible chose. Je l’avais vu il y a trois jours. Il sentait évidemment que ses forces décroissaient mais par un effort de volonté extraordinaire, il ne laissait rien paraître. Dimanche 10, nous causions dans cette chambre du Haut-Bout. Il me parlait de ces vieux qui attendent leur retraite, il me parlait de nos rapports fraternels avec nos frères socialistes, il me parlait de mille faits de la vie courante de Rothau, et 48 heures après cette intelligence claire, ce cœur d’or n’était plus.
Non, je ne peux me faire à cette idée. Paul dort dans ce petit cimetière de Rothau, mais sa mémoire vivra à jamais dans nos [cœurs].
Notre grand camarade Bolle n’est plus. Il n’avait jamais craint la mort. C’est avec sérénité depuis de longs mois, qu’il la voyait venir, heureux d’avoir vécu une existence si remplie, si utile, d’avoir su lui donner un sens, regrettant seulement de ne pouvoir continuer à servir la noble cause de la libération de l’homme à laquelle il avait consacré sa vie. Et sa mort même, il avait voulu qu’elle servit à quelque chose : c’est lui-même qui avait demandé (il y a déjà plus d’un an) qu’elle fût l’occasion d’une manifestation populaire.
Dans sa vie et dans sa mort, Paul Bolle est resté pour moi, dont il fût le meilleur ami, comme, je pense pour tous ceux qui l’ont connu l’exemple le plus parfait de l’intelligence au service de la bonté. Non seulement il était naturellement doué de ces qualités d’esprit et de cœur mais par un effort constant il les développait à l’extrême ; il aimait réfléchir, et même quand il était fatigué, malade, il se donnait toujours la peine de penser. Et toute cette intelligence, cette volonté étaient tournées vers le bien : le bien des siens, le bien de ses camarades, le bien de la classe des travailleurs.
Il y avait pour lui deux sources de tristesse : d’une part toutes les nouvelles de la misère humaine, la guerre d’Espagne, les massacres de Chine, les progrès du fascisme en Europe, et d’autre part les faiblesses de ses amis, de ses parents, de ses camarades. Ah ! Camarades, vous qui l’aimiez, vous qui le respectiez, vous devriez comprendre la grande leçon que fût sa vie, vous devriez entendre qu’il aurait voulu pouvoir vous faire le jour de sa mort :
« Être dévoué à la cause du peuple, à la C.G.T , au communisme, c’est bien mais ce n’est pas suffisant : il faut encore l’être avec intelligence et pour cela il faut surtout s’en donner la peine. Il faut se donner la peine de comprendre et ne plus oublier qu’un militant du parti doit être un exemple pour tous ; qu’il ne peut se permettre la plus petite faiblesse – ni se mettre en colère, ni se laisser provoquer, ni boire un coup de trop, ni commettre une indélicatesse – sans que le parti lui-même en souffre. Il faut se donner la peine de comprendre qu’il ne suffit pas de se donner beaucoup une fois, mais qu’il est plus utile, et plus difficile aussi de se dévouer un peu tous les jours et à chaque occasion. Il faut enfin comprendre que ce dévouement n’apportera pas forcément des agréments, bien au contraire, et qu’il ne faut pas se laisser décourager ni par le manque d’éloges de ses camarades, ni par l’indifférence de ses amis, ni par les insultes des imbéciles, ni par les attaques de ses ennemis : c’est dans le fait même d’avoir accompli son devoir que le militant ouvrier trouve sa satisfaction, la plus haute qui soit, celle qui d’une façon ou d’une autre fera avancer la date de la libération du peuple. »
Voilà, camarades, le testament de Boll ; ne l’oubliez pas, car vous le savez, « les communistes ne pleurent pas leurs morts, mais ils lèvent toujours plus haut le drapeau sous lequel ils sont tombés. »
J. de Neyman
Les obsèques de notre cher et grand camarade Paul Bolle, ont eu lieu en présence d’une nombreuse assistance évaluée entre 1200 et 1500 personnes. Cette nombreuse assistance et le grand nombre de couronnes et de gerbes de fleurs ont montré de quelle estime jouissait notre regretté camarade dans toute la Vallée.
La levée du corps eut lieu à 14 h 30 après l’arrivée du train de Strasbourg qui amenait notre camarade Wodli du comité central et plusieurs camarades de Strasbourg. Le corps était porté par les camarades de Bolle qui avaient tenu à rendre ce dernier hommage à celui qu’ils avaient tant aimé pour sa droiture et son dévouement dans la défense de la classe ouvrière. Derrière la famille venaient nos camarades Wodli, Rosenblatt secrétaire général du P.C., des camarades du groupe de Langue Française, des vendeurs de notre PROLO, des camarades des différentes cellules de la Vallée, les camarades du parti socialiste et de la C.G.T. On remarquera les belles couronnes offertes par le groupe Langue Française et par la région du P.C Après la descente du corps, un de nos camarades apporta à celui que nous ne verrons plus le dernier adieu du P.C que nous publions par ailleurs. Les drapeaux de l’ARAC et de la cellule de ROTHAU s’inclinèrent longuement sur le cercueil de notre cher disparu. Ensuite le camarade PETITJEAN apporte à son tour le salut de la section socialiste de Rothau, bel exemple d’unité devant le corps de celui qui aurait tant voulu voir se réaliser ce désir si cher à tous les communistes : le parti unique. Les magnifiques obsèques faites à Paul Bolle, porte-drapeau du P.C ont démontré que notre parti savait honorer ceux qui comme lui ont su donner à leur foi tout leur cœur jusqu’au dernier souffle, fin digne de la vie de notre camarade.
DISCOURS, prononcé sur la tombe de notre camarade Paul BOLLE
Mesdames, mesdemoiselles, chers camarades,
Aujourd’hui nous avons le pénible devoir de conduire à sa dernière demeure notre grand et cher camarade Paul BOLLE.
Paul BOLLE est né à Rothau le 2 septembre 1889. C’est dans son village natal, c’est dans cette belle Vallée, que s’est écoulée sa vie trop brève, hélas. C’est au bord de la Bruche qu’il a appris à courir, qu’il a appris aussi à connaître les difficultés de l’existence. C’est là qu’il a appris à connaître la dure existence de l’usine avec son labeur et ses brimades. C’est là qu’il a commencé à se rendre compte que l’ouvrier doit prendre conscience de sa force et de ses responsabilités.
À 20 ans le jeune BOLLE sentait déjà battre en lui les idées de justice et de liberté qui guideront toute sa vie. La guerre éclate quand BOLLE a 25 ans, l’age où tout vous sourit. Comme tant d’autres il s’en va. Il en reviendra marqué à jamais dans le plus profond de sa chair. Mais il reviendra avec la ferme conviction de tout faire pour éviter aux siens, pour éviter à sa belle Vallée, pour éviter à la grande famille ouvrière le retour de ce terrible fléau de ce crime qu’est la guerre. Dès lors sa vie s’écoule dans des alternances de calme et d’agitation. La paix et la justice sociale, cela ne s’obtient pas avec des mots ou des lamentations, cela se conquiert comme une bataille. A ce combat BOLLE se dévoue corps et âme. Socialiste de première heure, il deviendra communiste, il se fera le fier porte-drapeau de son parti.
Aux avant-dernières élections cantonales il est calomnié, on essaye de le salir, mais cela ne salit que les auteurs de ces calomnies. Calme, tenace, BOLLE continue sa tâche, la lutte pour son noble idéal. Il résiste à tous les tourments, dur comme le roc des carrières de sa Vallée. Sa maison est ouverte à tous. On y vient chercher le renseignement, la parole de réconfort. Pour lui aucune distinction, tous sont accueillis de la manière la plus fraternelle. Sa maison du Haut-Bout restera ouverte à tous jusqu’à son dernier souffle.
Ceux qui lui parlèrent durant les longues journées où le mal le clouait au lit ne pourront oublier sa voix douce et persuasive, la voix de cette [homme] qui lisait, lisait et savait tant de choses et qui voulait toujours savoir davantage.
BOLLE tu nous quittes, mais ton souvenir restera vivace dans nos cœurs.
Paul, tes camarades de Strasbourg, qui chaque dimanche venaient te rendre visite, n’oublieront jamais ton grand, ton noble exemple.
Ta vie les aidera à continuer la tâche que tu avais entreprise.
Paul, la population de Rothau ici rassemblée, n’oubliera pas ton grand cœur, tes conseils éclairés : elle prononcera ton nom avec respect ; le respect que l’on a pour un homme loyal, intègre, qui sut toujours mettre ses actes en accord avec ses idées.
Paul, la société fraternelle et juste que tu voulais construire, et que nous construirons demain, honorera dignement ta mémoire.
Paul, tu nous quittes trop tôt, nous avions encore besoin de toi, tu laisses un vide que rien ne pourra combler. Mais repose en paix . Tes dernières volontés ont été respectées. Tu avais désiré que tes obsèques soient dignes de ta vie. Elles l’ont été. La classe ouvrière de la Vallée, la population de Rothau vient de rendre le plus bel hommage que l’on puisse rendre à l’un de ses fils mort victime de la guerre. Au nom du P.C au nom de ces dix cellules de la Vallée, au nom du groupe de Langue française je t’adresse le dernier adieu. Et vous Madame BOLLE et vous ses chers enfants veuillez accepter nos plus fraternelles condoléances. »
1907. Alors la classe ouvrière luttait contre la rapacité patronale, elle luttait pour la journée de 12 heures. Une grève éclate. Déjà le jeune Paul est à son poste de combat.
Début juillet 1938. Paul est couché, sa maladie le cloue au lit. Un camarade arrive, blessé, la main ensanglantée. Paul se lève et lui fait un pansement. Voilà Paul !
Quelques jours avant sa mort, j’étais venu voir Paul. Il savait sa mort imminente : depuis de nombreux jours il ne pouvait plus s’alimenter. Savez-vous de quoi il m’a entretenu ? Tout simplement avec un calme serein il donna ses conseils éclairés de militants éprouvé par notre prochain PROLO ;
Tout ceux qui ont eu le bonheur de connaître BOLLE peuvent raconter mille faits semblables où s’étale l’immense bonté et la grande simplicité de notre camarade qui restera à jamais dans nos cœurs l’exemple du militant communiste.
La cellule communiste de Rothau remercie toute la population de Rothau et environ, en particulier les camarades socialistes, les camarades cégétistes, le rayon de SCHIRMECK, le Groupe français de STRASBOURG, qui ont accompagné notre grand et regretté camarade Paul BOLLE à sa dernière demeure.
Dessin sur toute la largeur de la page en entête :
Des fils télégraphiques partent d’un micro vers un un poteau télégraphique.
Le Prolo de la Bruche - Août 1938
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ROTHAU
HISTOIRE D’UN SYNDIQUÉ PROFESSIONNEL
Il était syndiqué professionnel. Un jour sous la pression patronale il avait quitté la C.G.T. et se croyait maintenant à l’abri de toute brimade. Mais un autre jour, aimant la musique, il se laissa aller à jouer une fête des Femmes de Rothau. Et ce dimanche soir il s’en allait tout heureux.
Mais l’œil du maître veillait…. Et le lundi il se vit appeler au bureau pour s’entendre dire qu’un syndiqué professionnel n’était plus libre de sa personne et sans plus attendre on lui montra ce que cela voulait dire. Il dut vider son étable à la vache d’un [l’italien] de M. Gédéo.
Notre monsieur n’était pas content. On lui fit savoir que s’il n’était pas entièrement satisfait, il aurait à vider non seulement l’étable mais encore la maison. On ajouta même qu’à présent il n’avait plus qu’à aller à la C.G.T..
Aujourd’hui notre homme réfléchit sur l’indépendance des syndicats professionnels envers les patrons.
La scène se passe à Rothau dans une usine que nos lecteurs identifieront facilement :
« Vous passerez au bureau tout à l’heure » _ Stupéfaction de notre homme qui tout étonné s’en va au bureau.
« Monsieur, vous ne m’avez pas salué hier. »
– « Je ne sais pas Monsieur, en tout cas, je ne me souviens pas vous avoir vu. »
– « Parfaitement Monsieur, je suis passé devant votre maison, hier à 9 heures, en allant à la messe. Vous avez fait semblant de ne pas me voir. »
Notre homme reste muet.
– « Et maintenant voilà mon avis : si l’affaire se reproduit, vous savez ce qui vous attend. »
Et notre homme reprend la porte.
La politesse est une qualité bien française. Loin de nous l’idée de vouloir le nier. Et d’ailleurs tous les étrangers qui viennent dans la Vallée apprécient la cordialité de ses habitants. Mais à notre avis, il y a un peu d’abus. On n’est pas obligé d’avoir deux yeux devant et deux yeux derrière pour voir si Monsieur (avec un grand M s’il vous plaît) passe par là.
Un camarade nous fait savoir qu’un voyage à Verdun est organisé pour le 15 août par le syndicat professionnel des usines Marchal.
Le patronat essaye tous les moyens pour faire abandonner la C.G.T. par les ouvriers, et les attirer dans ces soit disant syndicats nommés professionnels dont il tire les ficelles dans les coulisses et dont les dirigeants sont à ses ordres.
Camarades ne vous laissez pas prendre à ces pièges grossiers. Le rôle d’un syndicat est avant tout de défendre puis d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Qu’à fait dans ce sens le syndicat professionnel ?
Ce que veut le patronat, c’est amoindrir puis supprimer les syndicats de la C.G.T.. Rappelez-vous que c’est la C.G.T. qui a contraint le patronat à augmenter les salaires, et que son affaiblissement sera le point de départ de la diminution de vos conditions d’existence. Camarades travailler pour un syndicat C.G.T. plus fort plus puissant, c’est défendre votre pain et celui des autres.
Comme chaque année les touristes-ouvriers avaient organisé au refuge du SALM une fête champêtre. Les premiers arrivés se rendirent au Restaurant Weixler et attendirent le prochain train. Puis tous en groupe on s’en alla gaiement par les sentiers connus. Sur le terre-plein du SALM la fête avait été organisée : jeux divers pour les petits et les grands, sauterie.
Malheureusement le temps incertain avait effrayé les Strasbourgeois et les Rothaux et quelques malencontreuses averses vinrent encore troubler la fête. Espérons que l’an prochain le temps sera meilleur.
A NOS CORRESPONDANTS Notre prochain PROLO paraîtra le II septembre. Faites nous parvenir vos articles avant le 4 septembre. Envoyer vos articles à NEYMAN, 68 faubourg de Saverne, STRASBOURG.
On a dit à Fouday que Monsieur Christmann vient de mettre à la porte sans aucun prétexte trois travailleurs d’une même famille. [pourrais-je] connaître M. Christmann, les motifs de ces renvois ?
Quand on songe que la famille atteinte est composée de 8 enfants [on] mesure la sollicitude de ceux qui se disent les grands amis de la [Famille].
Camarades travailleurs, comprenez-vous maintenant pourquoi la [CGT] avait demandé et continue à [réclamer] la mise au point d’un texte de [??] sur l’embauchage et le débauchage. Si ce texte existait on pourrait ter sans raisons.
Aussi faut-il que par solidarité les ouvrières et les ouvriers [de] à M. Christmann qu’ils ne comprennent pas ce renvoi. Nous savons [que] parmi les travailleurs du Tronchy il y a des parents et des petits-[??] de M. Christmann, c’est une raison de plus pour dire ce que vous [pensez]. Il faut enfin que vous veniez grossir les rangs de la C.G.T. qui [réclame une] loi sur l’embauchage et le débauchage.
Après le renvoi scandaleux de M. de l’usine de contreplaqué, de [nombreux ouvriers ont manifesté leur mécontentement envers cette mesure [?]. Plusieurs gardent leur sympathie pour l’ouvrier frappé et ils [le] disent. C’est leur droit, leur droit d’hommes libres. Mais cela [d ?] à la direction qui a osé proféré des menaces de renvoi contre eux.
Vraiment Monsieur, vous exagérez. Cela concerne t-il le travail et allez-vous maintenant surveiller les relations de vos [ouvriers] à Wisches et ailleurs ?
Quand on est comme vous, étranger et ennemi du régime [républicain] donc susceptible de mesures policières on ferait mieux de se tenir [tr…].
Peut-on dire à M. le Directeur que les lois françaises interdisent d’employer des enfants à des travaux [pénibles] qui devraient être [exercés] par des hommes ?
Ce Monsieur grand admirateur du bel Adolphe veut-il comme le [fait] son patron en Espagne, mais d’une autre façon, peut-être moins brutale mais plus hypocrite attenter à la vie de nos enfants en les forçant à exécuter des travaux pénibles et dangereux.
Monsieur le Directeur ne vous en déplaise, les lois régissant [???] Alsace sont des lois françaises : vous voilà bien averti.
M. Gerth Eugène de Wisches a été renversé et blessé assez sérieusement [par] un camion qui pour éviter une voiture sortant d’un garage, était [monté] sur le trottoir où se trouvait M. Gerth. Celui[ci a] du s’aliter après [avoir] reçu les soins que nécessitait son état.
La sûreté a arrêté un spécialiste des vols d’automobile nommé [B..]. Dans une voiture volée on a trouvé de nombreux objets volés dans la région de Schirmeck La Broque.
La série de Nos Grandes Enquêtes ayant reçu l’approbation de nombreux lecteurs, nous la continuons.
LA RÉDACTION
Sachez donc que l’Énergie Électrique [du] Rhin à Mulhouse déclare en 1937 un bénéfice de [17 381 257] frs contre 4 479 691 frs en 1936. Les affaires ne vont pas si mal que cela ! D’ailleurs, la production est elle-même passée de 501 191 934 kilowatts-heure en 1936 à 766 252 826 kwh en 1937.
Sachez que l’exploitation pétrolifère de PECHELBRONN déclare en 1937 un bénéfice de 6 304 310 frs contre 2 867 012 en 1936.
Sachez que la Société Alsacienne des Carburants de Strasbourg déclare en 1937 un bébéfice de 1 394 932 frs après déduction de 2 790 434 frs pour les amortissements contre 950 815 frs en 1936.
Sachez encore que les Potasses de Kali Sainte-Thérèse déclare en 1937 34 074 823 frs après déduction de 18 millions pour les amortissements contre 27 737 881 en 1936. Avouez que la potasse pourrait être vendue un peu moins chère à nos paysans en réduisant les 40 % de dividendes.
Sachez en plus que dans le textile Dollfus Mieck et Cie de Mulhouse déclare en 1937 un bénéfice de [46 817 997] frs.
Avouez que les affaires ne vont pas si mal que ça pour certains et que les cris d’écorchés qu’ils poussent quand on parle de lois sociales sont plutôt déplacés.
« Calomniez ! Calomniez ! Il en restera toujours quelque chose ». Ainsi fait le Nouvelliste d’Alsace.
Dans sa rubrique « Peut-on dire », celui-ci ose assurer que les journaux communistes, du PROLO à L’HUMANITÉ, sont remplis d’appels belliqueux. « En avant... marchons… sac au dos… » peut-on lire à toutes les pages déclare-t-il. Le tout accommodé de quelques clichés éculés sur les communistes « profiteurs de guerre ».
Nouvelliste, nous te prenons encore une fois en flagrant délit de mensonge ! Nous te mettons au défi de trouver non seulement un article, mais encore une seule phrase animés d’un tel esprit dans un journal communiste.
Quels pitoyables arguments ! Quelle singulière cause pourrait être défendue ainsi ; ou quel profond mépris pour les lecteurs ? Mais ceux-ci ne se laisseront pas abuser aussi grossièrement. Ils savent que les communistes n’ont jamais demandé l’envoi d’un seul soldat français en Espagne ou en Chine. Ils savent que les communistes sont les défenseurs conséquents de la Paix. Et que pour conserver celle-ci, nous demandons le rétablissement du libre commerce avec l’Espagne aidant ainsi à l’écrasement des envahisseurs fascistes fauteurs de guerre. Mais voilà ! C’est bien ce que ce grand patriote de Nouvelliste ne voudrait pas !
Dessin humoristique : une femme tient son gamin par la main qui pleure
Le Prolo de la Bruche - Août 1938
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FICHUE GÉNÉRATION
Mais qu’est-ce qu’on vous apprends donc à l’école ?
Si tu ne sais même pas que le 14 juillet est
l’anniversaire de la prise de la Bastille
Juillet-août, période de vacances, mais aussi période qui nous rappelle de sanglants souvenirs. Il y a 24 ans, commençait la grande guerre. Il y a deux ans le fascisme italo-allemand envahissait l’Espagne. Il y a un an, le Japon allumait la guerre en Chine.
Et aujourd’hui que se profile-t-il à l’horizon ? C’est l’angoissante question que se posent les amis de la Paix de tous les pays. Les menteurs professionnels essayent de nous salir. La vérité, la voilà une fois de plus :
Voici ce qu’écrit Mussolini lui-même dans la préface d’un livre publié en Italie :
« 1° Les bataillons qui étaient à peine rentrés de la conquête de [l’Empire] (d’Éthiopie) se reformèrent : leurs nouveaux faits sont consignés pour l’histoire avec les noms de Malaga Guadalajara, Santander, Bilbao, [Tortosa].
2° La guerre d’Espagne a été pour les chemises noires l’occasion de se mesurer non seulement de se mesurer avec les forces bolcheviques (sic) mais avec celles des « immortels principes » de 1789 !
3° Nous ne savons pas si cette rencontre n’aura pas à se développer demain sur échelle mondiale. »
Autrement dit, aveu sans fard de l’intervention en Espagne, reconnaissance du fait qu’il s’agit d’une lutte ouverte contre la France, perspective du développement de cette lutte sous la forme d’une guerre générale !
La visite du général Pariani à Berlin illustre cette menace. Et le Deutsches Adelsblatt vient de publier un article : « la Tunisie objet des visées italiennes », où on lit :
« La question tunisienne intéresse Mussolini à trois titres : en tant qu’état national, en tant que puissance méditerranéenne et en tant que puissance coloniale africaine. La France méconnaît singulièrement la situation en demandant à l’Italie des garanties pour la Tunisie. En ce faisant, elle soulève elle même les questions nationales tunisiennes de sorte que les conséquences possibles ne devront pas l’étonner. »
Voici enfin ce qu’écrit un journaliste italien dans le Resto Del Carlino : « La solution du problème tchécoslovaque ? De la question coloniale ? On la trouvera facilement le jour où la démocratie et le communisme seront battus dans la péninsule ibérique. Avant de mobiliser [sur] le Rhin, la France devra penser aux deux autres frontières : les Alpes et les Pyrénées. L’amitié italo-allemande n’est pas une formule de diplomates. Elle est le facteur vivant de la réalité politique. Ainsi, une victoire nationaliste en Espagne est à la fois un succès de nos légionnaires et un succès allemand et portugais voire japonais. Et toute avance de l’armée nippone en Chine nous remplit d’orgueil, nous, Burgos et Berlin. »
Le fascisme hitlérien est toujours actif en Alsace ainsi que le prouve cette nouvelle affaire d’espionnage. La Chambre Correctionnelle de Strasbourg vient de rendre son jugement dans l’affaire NUSS , ces entrepreneurs accusés d’avoir confié des plans intéressants la défense nationale à [l’Allemagne]. Ils sont condamnés : Marcel NUSS à 6 semaines de prison et [1 000 frs] d’amende ; Maurice NUSS à 6 semaines de prison et 1 500 frs d’amende ; [Ernest] NUSS à 500 frs d’amende.
Quant à BRIECHLE, l’ingénieur allemand de [KEHL] auquel les plans en question furent confiés, il a été condamné à 4 mois de prison sans sursis.
ESPAGNE : Après des semaines de résistance héroïque aux furieuses attaques italo-allemandes, la vaillante République Espagnole vient de remporter une grande victoire : sur une longueur de plus de 100 km, l’armée républicaine vient de traverser l’ERBRE avançant sur plusieurs kilomètres en profondeur en territoire rebelle, faisant plusieurs milliers de prisonniers (italiens et marocains). L’avance continue malgré les incessantes contre-attaques rebelles appuyées par un énorme matériel de guerre allemand.
Le peuple de France réclame la réouverture de la frontière espagnole ; en face de l’intervention criminelle du fascisme européen, l’Espagne républicaine a le droit à la liberté du commerce avec les Républiques amies.
ANGLETERRE : Le peuple anglais n’est pas d’accord avec la politique du Chamberlain ce valet de la haute finance. Le parti Travailliste « se déclare avec tous les ouvriers britanniques, solidaire avec les combattants de la Liberté espagnols. Demande avec eux qu’on leur donne droit de se procurer des armes. Appelle le gouvernement anglais à répudier la sanglante duperie qu’est devenue la « non-intervention ». »
CHINE : Les hostilités se poursuivent entre les troupes japonaises et chinoises ; ces dernières résistant avec courage.
JAPON : La situation économique intérieure paraît très difficile de par la prolongation de la guerre due à la résistance inattendue du peuple chinois.
La clique militaire japonaise depuis quelques temps multiplie les provocations les plus intolérables à la frontière Russo-Mandchoue, pénétrant en territoire soviétique et se livrant toujours en territoire soviétique à des agressions envers des détachements de gardes-frontières soviétiques.
U.R.S.S. : A travers tout le pays des centaines de milliers d’ouvriers et paysans tinrent des réunions monstres où ils affirmèrent avec calme et force leur volonté de Paix et leur indignation quant aux criminelles provocations de l’impérialisme nippon en territoire soviétique.
MEXIQUE : Le président Gardenas annonce que l’expropriation des compagnies pétrolières étrangères est maintenant définitive. Les mines d’or ont également été déclarées propriété du peuple.
JERUSALEM : L’agitation et les troubles continuent en Palestine. Bagarres entre juifs et arabes, explosions de bombes, sont des faits courants. Les terroristes professionnels fascistes italiens s’en donnent à cœur joie.
CITÉ DU VATICAN : Le journal officiel du pape publie un rapport montrant la situation difficile des catholiques et du clergé en Allemagne. Des églises sont fermées ; des crucifix enlevés des écoles.
Grâce à l’énergique député communiste Alfred COSTES la commission d’Assurance et de Prévoyance sociale dont il est le président, s’est réunie malgré la clôture de la session parlementaire et a poursuivi l’examen du projet de la retraite aux Vieux. Malheureusement l’abstention de certains socialistes n’a pas permis de prévoir [qu’en] aucun cas le taux de base ne doit être inférieur à l’allocation de chômage.
Les communistes continueront de lutter et [aboutiront] pour que tous les Vieux des villes et des [campagnes], après une vie de labeur puissent vivre leurs derniers jours dans la sécurité matérielle et la dignité.
Dessin humoristique : une femme, armée d’un rameau d’olivier et une colombe au-dessus de la tête, brave un soldat armé.
Le Prolo de la Bruche - Août 1938
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DUEL LOGIQUE
Si je dois employer les gaz, c’est bien elle qui l’aura voulu avec son rameau d’olivier.
Le journal catholique « L’ordre » et l’organe libéral « New Chronicle » ont publié le 10 juillet un rapport présenté aux chefs nationaux-socialistes, par le général Von Reicheneau, ancien chef d’état major du Reich, actuellement chef du corps d’armée de Munich.
Tout au long de ce rapport sont exposés cyniquement les faits que le parti communiste dénonce depuis longtemps, concernant l’intervention allemande en Espagne et les buts réels dirigés contre la France.
Von Reicheneau indique que la guerre d’Espagne a constitué pour l’armée allemande une excellente école supérieure de guerre, tant en ce qui concerne les effectifs : infanterie, artillerie, aviation, que le matériel : canons, anti-tanks, avions, tanks, etc.
L’Allemagne occupe déjà, dit-il en Espagne et en Méditerranée des positions dangereuses pour la France. Mais citons textuellement : 3 « Nous sommes établis sur les lignes stratégiques vitales de l’Angleterre et de la France, c’est là que réside la signification suprême de notre intervention en Espagne ».
Des batteries ont été installées par Franco avec l’aide de l’Allemagne à Algésiras, et en face de Gibraltar près de Ceuta : « ces batteries, dit Von Reicheneau, pourront rendre de grands services quand il s’agira de couper la ligne vitale franco-anglaise ».
Il expose encore que les difficultés anglaises en Palestine avec les populations arabes, de même que celles possibles de la France en Tunisie, au Maroc ou en Syrie, compromettraient gravement la puissance militaire de ces deux pays en cas de guerre.
Il montre l’extrême intérêt que présente l’utilisation des bases aériennes espagnoles pour bombarder le midi de la France. Nous voudrions pouvoir tout reproduire.
Ce rapport montre combien notre position est juste pour le problème espagnol. Il prouve à l’évidence l’intervention systématique de l’Allemagne et les buts de celle-ci : l’Allemagne poursuit en Espagne la réalisation de Mein Kampf de Hitler : l’encerclement de la France.
La victoire de Franco représenterait pour notre pays, une frontière de plus à armer et à défendre, une menace grave : le risque d’être coupé de l’Afrique du Nord.
Comment après la publication d’un tel document, qualifier l’attitude de ces français qui se disent nationaux et patriotes et qui dans leur fureur partisane soutiennent et aident la victoire des rebelles et de leurs alliés. Ils trahissent leur propre pays, se comportent en ennemi de leur patrie, compromettre ses intérêts les plus vitaux et sa sécurité.
Que penser du gouvernement Daladier qui le 13 juin a fait fermer la frontière espagnole ? Quelle lourde responsabilité il a prise ici.
La victoire de Franco compromettrait la paix en favorisant l’agression que Hitler prépare contre la France.
Mais cela ne doit pas être, cela ne sera pas. Les travailleurs de tous les pays doivent tout faire pour aider les héroïques soldats républicains qui combattent pour notre propre sécurité et pour la paix européenne.
Il faut faire cesser la criminelle non-intervention, revenir au droit international, rétablir le libre commerce avec l’Espagne.
IL FAUT OUVRIR LA FRONTIÈRE FRANCO ESPAGNOLE !
Dessin humoristique : un patron dans une usine interpelle un autre
Le Prolo de la Bruche - Août 1938
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C’est le comité de surveillance des prix.
Mais nous sommes le 6 août et non le 1er avril
Appel du Comité Régional Communistes Des Jeunesses Du Bas-Rhin A La Jeunesse De La Vallée De La Bruche ;
AOÛT 1914 — AOÛT 1938
Août 1914 ; — Ce mois restera dans l’histoire comme le rappel d’une catastrophe aux conséquences incalculables.
Chaque année cet anniversaire est marqué dans le monde par des cérémonies et des manifestations commémoratives au cours desquelles les peuples affirment leur volonté de ne pas permettre le renouvellement de la guerre. Mais nous voici à la veille d’août 1938 ; cette-g
Cette fois, les manifestations en faveur de la Paix revêtiront une ampleur exceptionnelle, car le danger de guerre est plus grand aujourd’hui qu’il ne le fût jamais depuis 1918.
La jeunesse se demande avec angoisse si nous ne sommes pas à la veille d’une catastrophe plus meurtrière et plus terrible encore que celle qui ravagea l’Europe pendant 52 mois.
C’est que la guerre n’est plus seulement une menace.
Elles est devenue une réalité. Après les massacres d’Abyssinie, nous assistons depuis plus de deux ans aux massacres de vieillards , de femmes et d’enfants en Espagne, à la destruction systématiques des villes dans certaines comme Guernica ont complètement disparue.
Et ce pendant que Mussolini et Hitler poursuivent leur entreprise en Espagne, le Japon est en guerre contre la Chine où les victimes se comptent par centaines et centaines de milliers.
Dans ces conditions, la lutte pour la Paix ne peut pas être un vœu platonique.
Les jeunes générations seront-elles épargnées ou anéanties ?
Le proche avenir sera-t-il porteur de grandes améliorations sociales, de grandes conquêtes humaines, de bonheur et de joie ? Amènera-t-il au contraire d’innombrables massacres, de colossales destructions, des deuils et des larmes ?… Telles sont les questions que se posent avec angoisse les jeunes gens et les jeunes filles du monde entier.
Ils se rendent compte qu’au point où nous en sommes, la lutte pour la Paix exige de grands efforts, une grande énergie et de l’audace dans l’action.
Ces qualités la jeunesse les possède. Elle doit les mettre sans retard au service d’une cause qui lui est chère entre toutes : la Paix. Car la paix ne pourra être vraiment acquise et maintenue que si les fauteurs de guerre sont mis hors d’état de nuire. Ils le seront que si les forces de paix s’organisent et se coalisent, si le mouvement pour la paix gagne à lui la masse des peuples et de la jeunesse.
C’est pourquoi les jeunes générations conscientes du danger doivent apporter au combat de la paix – dont Jean Jaurès disait qu’il était le plus dur – le meilleur de leur force.
Que tous les jeunes communistes, les membres de l’union des jeunes filles de France, toute la jeunesse laborieuse et démocratique de la Vallée de la Bruche, comprennent bien ce combat de la Paix.
Que toute la jeunesse s’unissent pour sauver la civilisation, pour sauver son avenir et sa vie.
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AVIS e 18 septembre 1938 se tiendra dans le Vallée de la Bruche une conférence pour les jeunesses communistes. Que toutes les organisations de la Vallée la prépare bien.
Nous enregistrons avec une certaine satisfaction que les revendications établies par le parti communiste pour les paysans ont obtenu en partie gain de cause. Le gouvernement Daladier a promulgué le 14 juin 1938 un décret portant extension des allocations familiales aux exploitants agricoles et artisans ruraux. D’après le [1er] article de ce décret le bénéfice des allocations familiales est étendu à tous les exploitants ruraux (propriétaires, fermiers, métayers, artisans ruraux), en exclus dans la 1ère catégorie les bénéficiaires de l’article 7 du 31 mai et dans la 2ième catégorie qui sont inscrits dans le rôle de l’impôt général sur le revenu. Une condition supplémentaire pour les artisans ruraux est que l’agriculture ou [l’artisanat] constitue la profession principale.
Les bénéficiaires de cette allocation, la toucheront égale à celle pour les enfants des salariés agricoles en usage dans le département. Toutefois cette allocation n’est pas accordée pour le 1er enfant. Le [décret] établit la restriction que cette allocation ne pourra se [cumuler] avec les primes de l’encouragement national aux familles nombreuses accordées par la loi du 22 juillet 1923. Les ayants-droits doivent [opter] entre ces deux régimes dès la publication du présent décret, cette [option] devra se faire avant le 1er janvier de chaque année. Si l’option n’a pas eu lieu avant le 1er janvier 1939 elle n’aura effet qu’au 1er janvier [1940].
L’article 2 du décret dispose que les exploitants agricoles et artisans ruraux visés par l’article 1er sont tenus de s’affilier à une caisse d’allocation familiale et d’y verser pour leur propre compte une cotisation à un taux moyen établi par département.
Pour les exploitants dont le revenu soumis à l’impôt sur les bénéfices de l’exploitation agricole est inférieur à 500 frs, l’affiliation et le versement de la cotisation sont facultatifs mais le bénéfice de [l’allocation] n’est acquis qu’après une année de cotisation.
N’oublions pas en jugeant ce décret que la classe ouvrière réclame depuis longtemps des assurances sociales exclusivement à la charge du patronat et de l’État. Il faut par l’action revendicative des paysans améliorer ce décret, car la paysannerie et l’artisanat rural sont déjà doublement exploités par les impôts indirects et directs et par la [politique] de hausse des prix des sociétés industrielles d’engrais chimiques et de machines agricoles et de denrées alimentaires.
La fièvre aphteuse ne quitte plus la Vallée. A Schirmeck ce terrible fléau fait depuis 15 jours son apparition. Les voituriers sont souvent obligés de garer leurs attelages chez eux, d’où de grosses pertes.
La récolte du miel après deux mauvaises années (36-37) est cette année très fructueuse. Petits et grands se réjouiront des bonnes [tartines] en perspective.
Un bon conseil : pour empêcher le foin de moisir. L’altération du [fourrage] dans votre fenil provient souvent de ce que ce dernier n’est pas séparer de l’étable par un plancher imperméable. Pour limiter les [pertes] voilà ce que vous pourrez faire :
Le plus coûteux mais le plus efficace : faire un plancher en ciment armé pour séparer les deux locaux ;
ou bien séparé le foin de l’étable en disposant une épaisse couche de paille en-dessous du tas de foin ;
ou encore, construire un cadre de bois en avant des murs, la [condensation] de l’eau n’atteindra pas votre fourrage. Ce passage laissé entre le foin et le mur servira de cheminée d’aération.